Nécrologie : le pape François qui dénonçait les maux du continent s’est éteint

Le pape François est décédé lundi 21 avril à l’âge de 88 ans. Il s’était rendu plusieurs fois en Afrique depuis 2013 et avait pris position sur plusieurs enjeux liés au continent comme la défense des plus démunis, la réconciliation inter-religieuse ou le pillage des matières premières. Mais si François se voulait « pèlerin de la paix », certaines de ses orientations n’étaient pas soutenues par l’ensemble du clergé africain.

Le pape François et l’Afrique, c’était avant tout la fraternité, le dialogue et la dénonciation des maux du continent. Entre son élection en 2013 et 2025, le pape François a effectué cinq voyages en Afrique, au cours desquels il a visité dix pays. Les thèmes qu’il a abordés durant ces voyages sont ceux qui ont marqué son pontificat : le dialogue entre les religions, l’accueil des migrants… Mais le chef de l’Église catholique a aussi dénoncé la corruption et le colonialisme économique.

A en croire RFI, d’un geste appliqué, un groupe de jeunes servants vêtus de blanc projette les vapeurs d’encens dans l’enceinte de la cathédrale de Bangui. La fumée blanche s’élève lentement vers le ciel. Fridolin, l’un des fidèles, se souvient encore de la visite du pape François dans la capitale centrafricaine : c’était en 2015, à l’occasion de son premier voyage en Afrique.. Le contexte était tourmenté : deux ans plus tôt, le coup d’Etat de la coalition Seleka   contre l’ancien président François Bozizé  avait plongé le pays dans une crise sans précédent. La Centrafrique  se divisait dans un cycle de violences interreligieuses.

Le passage du souverain pontife avait suscité un immense espoir de paix et de réconciliation. Les paupières mi-closes, Fridolin, se remémore d’un symbole fort, de ce pape se rendant dans le quartier musulman de Bangui : « En fermant les yeux, je visualise tout, confie-t-il. Au plus fort de la crise, pendant deux ans, les chrétiens ne pouvaient pas mettre un pied au PK5, un quartier majoritairement musulman. Aucun musulman ne pouvait sortir du PK5. Mais le pape a bravé cette situation, il était allé jusqu’à la mosquée de PK5. Ce jour-là, il a drainé derrière son cortège des milliers de chrétiens jusqu’au PK5. C’était une grande réconciliation. J’ai vu, de mes yeux, les deux communautés se serrer dans les bras, pleurer, faire des accolades. »

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L’homme, visiblement ému, se souvient aussi de l’impulsion donnée par cette visite à la réhabilitation du complexe pédiatrique de Bangui qui était tombé en ruines. À l’époque, de nombreux enfants mourraient faute de soins. Depuis 2015, la prise en charge des enfants est devenue gratuite.

Kangemi au Kenya  n’oubliera pas, elle non plus, le passage du pape François. C’était, là aussi, lors du premier voyage en Afrique du chef de l’Eglise catholique.  Dans ce bidonville de Nairobi, le souverain pontife avait célébré une messe dans l’église de Saint-Jean le travailleur. Il avait saisi l’occasion pour fustiger l’injustice sociale et l’accaparement des richesses. L’une des fidèles de Kangemi, Lucy Nganga, se souvient qu’« il s’est présenté comme le pape des pauvres et expliqué que c’était pour ça qu’il avait choisi cette église ».

Theresa Siuwai, une autre catholique de la paroisse, n’oubliera jamais cette visite : « Il a choisi de venir dans le ghetto. On ne voit des gens importants ici que quand ils cherchent des votes. Donc que le pape vienne à Kangemi, voir comment on vit et faire partie de notre communauté, même pour une heure seulement. C’était un honneur. On s’est sentis humains. »

Promoteur du dialogue interreligieux et défenseur des migrants

Dès l’inauguration de son pontificat, le pape François  a marqué l’importance qu’il voulait accorder au dialogue interreligieux, en recevant les délégations d’autres Églises et d’autres religions. Cet attachement au dialogue interreligieux a traversé tout son pontificat.

Le 4 février 2019, François et le grand Iman de la mosquée d’Al Azhar en Egypte, Ahmad Al-Tayeb, ont signé le « Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune ». Le texte précise qu’ « al-Azhar al-Sharif – avec les musulmans d’Orient et d’Occident –, conjointement avec l’Église catholique – avec les catholiques d’Orient et d’Occident –, déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère ».

Lors de sa visite au Maroc en 2019, le pape est revenu sur le dialogue interreligieux et a insisté sur la « culture de la rencontre ». La défense des migrants est un autre thème qui a traversé tout le pontificat de François. Elle occupe une place notable dans l’encyclique Fratelli Tutti qu’il a signée en 2020, encyclique « sur la fraternité et l’amitié sociale ». Le pape y condamne notamment le comportement de certains catholiques vis-à-vis de ces migrants : « On ne dira jamais qu’ils ne sont pas des êtres humains, mais dans la pratique, par les décisions et la manière de les traiter, on montre qu’ils sont considérés comme des personnes ayant moins de valeur, moins d’importance, dotées de moins d’humanité. Il est inacceptable que les chrétiens partagent cette mentalité et ces attitudes. »

François a aussi eu, à d’autres moments, des mots forts pour dénoncer les conséquences de la politique de fermeture de l’Occident. À Rome, il a déclaré que « la Méditerranée est devenue un cimetière ». À Rabat, il a expliqué que, pour lui, ce phénomène « ne trouvera jamais de solution dans la construction de barrières, dans la diffusion de la peur de l’autre ou dans la négation de l’assistance ».

En 2023, François se rend à Kinshasa, en RDC, où il condamne le colonialisme économique sur l’ensemble du continent : « Cessez d’étouffer l’Afrique : elle n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser ».

Toutefois, ses prises de positions n’ont pas toutes été populaires en Afrique. En 2013, le Saint Père surprend la majorité des chrétiens catholiques en s’opposant à la stigmatisation des personnes homosexuelles. Dix ans plus tard, quand il autorise les bénédictions des couples homosexuels ainsi que des divorcés,  il rencontre une forte résistance de la part du clergé africain, qui estime que l’on cherche à imposer une vision occidentale.

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