
Le tribunal de grande instance de Bangui a déclaré, le 16 octobre 2025, « nul et de nul effet » le certificat de nationalité centrafricaine d’Anicet Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle de décembre prochain. Cette décision place de fait le président de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) dans une situation d’apatridie.
À Bangui, la querelle se poursuit autour de la nationalité centrafricaine de l’opposant Anicet-Georges Dologuélé. Celui-ci a déposé son dossier de candidature à la présidentielle du 28 décembre pour affronter une troisième fois Faustin-Archange Touadéra. Il avait auparavant abandonné fin août sa nationalité française pour se mettre en conformité avec la constitution de 2023, qui interdit notamment aux binationaux de concourir. Mais les autorités contestent sa qualité de citoyen centrafricain, et donc sa participation au scrutin. La justice vient même d’annuler un certificat de nationalité à son nom.
A en croire RFI, en abandonnant la nationalité française acquise en 1994, Anicet-Georges Dologuélé estimait se mettre en conformité avec la Constitution de 2023. Mais la controverse ne cesse de rebondir. La semaine dernière, le gouvernement justifiait son refus de lui délivrer un passeport centrafricain en invoquant le Code de la nationalité de 1961.
En devenant français à l’âge adulte, le président du parti URCA aurait perdu sa nationalité centrafricaine, et sa réintégration ne pourrait intervenir que sur décret présidentiel. En clair : plus français, et pas redevenu centrafricain, Anicet-Georges Dologuélé serait actuellement apatride.
Saisi par le procureur de la République, le vice-président du tribunal de grande instance de Bangui a même déclaré, ce jeudi « nul et de nul effet », le certificat de nationalité d’octobre 2012 présenté lors de cette démarche administrative. Ce document avait déjà été utilisé par le candidat dans ces dossiers pour les élections de 2015 et 2020, et avec lequel il a été élu député.
Un texte « tombé en désuétude »
Anicet-Georges Dologéuélé a néanmoins déposé samedi dernier son dossier pour la présidentielle du 28 décembre qu’il affirme « complet » et « recevable ». Il a ensuite écrit une lettre au président Touadéra, l’accusant « d’acharnement » envers sa personne et l’enjoignant à « démettre de leurs fonctions » tous les ministres, députés, fonctionnaires et porteurs d’uniforme – des « centaines » selon lui – qui seraient également apatrides selon le même application du code de 1961. Il juge le texte « tombé en désuétude » car « jamais appliqué ».
Face à ces accusations, la Présidence de la République a rapidement réagi. Dans une correspondance rendue publique le 16 octobre, elle s’est dite « surprise » par le ton et le contenu de la lettre adressée par l’opposant au chef de l’État, le professeur Faustin-Archange Touadéra. Elle dénonce un courrier au « caractère polémique », contenant selon elle des « attaques personnelles » et des « accusations graves » visant le président et plusieurs de ses collaborateurs.
La Présidence assure par ailleurs que le chef de l’État, lui-même candidat à sa propre succession, n’a aucun pouvoir constitutionnel pour décider de l’éligibilité d’un autre prétendant. Elle affirme se réserver le droit d’engager des actions légales afin de « rétablir la vérité » et en appelle à la sérénité ainsi qu’au respect des institutions républicaines dans le débat politique.
Pour sa part, Anicet Georges Dologuélé se dit déterminé à poursuivre sa démarche et à laisser la décision finale au Conseil constitutionnel, seule autorité compétente pour statuer sur la validité des candidatures. Mais cette nouvelle étape judiciaire, aux implications politiques majeures, risque de raviver les tensions à l’approche d’un scrutin déjà boycotté par une partie de l’opposition démocratique.