
« Pour faire une révolution, il ne suffit pas d’être armé jusqu’aux dents. Encore faut-il savoir manier ses armes avec intelligence et discernement. Dans le football, c’est pareil : chaque joueur de haut niveau possède des armes singulières, qu’elles soient techniques, athlétiques, mentales, tactiques ou spirituelles.
L’entraîneur, véritable technicien de guerre, doit savoir reconnaître et exploiter ces forces pour en faire une puissance collective. Peu importent les diplômes : ils ne garantissent ni la maîtrise d’un effectif, ni la science du génie. Les papiers attestent d’un savoir théorique, d’une pédagogie apprise. Mais souvent, cette pédagogie étouffe le feu sacré, la créativité, l’instinct.
Je me souviens avoir dit à Pascal Lafleuriel, l’expert de la Fédération Française de Football, venus en Centrafrique dans le cadre du programme de partenariat technique :
« L’Afrique possède le génie, l’Occident maîtrise la pédagogie. »
Et Hervé Loungoundji, lui, incarnait pleinement ce génie. Pas toujours structuré dans la forme, certes, mais droit dans le fond. Ce qui faisait sa force, c’était sa simplicité, son humilité, sa sincérité. Il ne trichait pas. Il était juste, d’abord envers lui-même, puis envers les autres. Et parce que la tête du poisson reste saine, tout le corps suivait.
Hervé Loungoundji, alias « Coach Vévé » ou « Cocah V », alias « le Général », en équipe nationale était un homme vrai. Transparent, honnête, fidèle à sa conscience. Il ne jouait pas un rôle, il était. Il ne se prenait pas pour ce qu’il n’était pas. Le Président, Patrice-Édouard Ngaissona, lui accorda sa confiance, et cette liberté fit naître une atmosphère saine, une armée soudée.
« Le Général » nous guidait avec droiture et conviction. Alors nous, les soldats, étions prêts à nous battre pour lui comme pour la nation. Ses décisions étaient respectées par tous : des aspirants aux capitaines, chacun connaissait sa mission, chacun s’y donnait corps et âme. Sous son commandement, nous avons mené de grandes batailles, sans craindre aucun adversaire. Car avec « le Général Général » , la peur n’existait pas.
Il a marqué l’époque moderne du football centrafricain. Ses résultats parlent pour lui : dix points en éliminatoires, plusieurs fois à un souffle de la qualification à la CAN. Tant qu’aucun entraîneur ne dépassera cette barre et ne nous qualifie pas pour la CAN et la Coupe du Monde de football de la FIFA, « Coach Vévé » restera le meilleur sélectionneur des Fauves.
Mais au-delà des chiffres, il fut surtout un leader de révolution, une icône du coaching et du football centrafricain. Assoiffé de savoir, curieux de tout, il ne craignait jamais de demander lorsqu’il ignorait. Il observait, écoutait, apprenait. C’était un homme en apprentissage permanent, conscient que la vie elle-même est une école sans fin.
Hervé Loungoundji savait que nul ne grandit seul. Que chaque homme, du plus fort au plus faible, du plus jeune au plus âgé, porte une parcelle de vérité. Et c’est cette conscience-là, simple, humaine, universelle, qui faisait de lui un vrai Général. »
Kelly Youga
Directeur Sportif de la
Fédération Centrafricaine de Football
Et des Équipes Nationales