Menstruation : « Le manque d’informations et d’éducation pousse les jeunes filles à vivre dans la peur », déplore Nadine Kossi

À l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle célébrée chaque 28 mai, Nadine Kossi, présidente de l’association Action Solidaire en Centrafrique, appelle à lever les tabous autour des règles. Dans cet entretien, elle revient sur les difficultés auxquelles sont confrontées les adolescentes, le manque d’éducation menstruelle et les actions menées par son organisation pour promouvoir la dignité et la santé des jeunes filles.

Pourquoi la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle est-elle importante selon vous ?

Cette journée est très importante parce qu’elle permet de parler ouvertement des menstruations, un sujet qui reste encore tabou dans plusieurs communautés. Beaucoup de jeunes filles vivent leurs premières règles dans la peur, sans aucune explication préalable. Le manque d’informations et d’éducation les pousse souvent à croire qu’elles sont malades ou qu’elles vivent quelque chose d’anormal. Nous voulons donc profiter de cette journée pour sensibiliser la population et ouvrir le dialogue.

Quels sont les principaux défis rencontrés par les jeunes filles en Centrafrique ?

Le premier défi est l’accès à l’information. Dans certaines familles, on ne parle jamais des règles. Les adolescentes découvrent seules les changements de leur corps. Ensuite, il y a la précarité menstruelle. Beaucoup de filles n’ont pas les moyens de s’acheter des protections hygiéniques adaptées. Certaines utilisent des tissus ou du papier, ce qui peut entraîner des problèmes de santé.

Quelles conséquences cette situation peut-elle avoir sur leur vie quotidienne ?

Les conséquences sont nombreuses. Certaines filles manquent l’école pendant leurs menstruations parce qu’elles ont peur des moqueries ou parce qu’elles ne disposent pas de protections adaptées. D’autres perdent confiance en elles. Les tabous et la stigmatisation créent un véritable malaise psychologique. Pourtant, les règles sont naturelles et ne devraient jamais empêcher une fille d’étudier ou de participer à la vie sociale.

Que fait l’association Action Solidaire pour aider ces jeunes filles ?

Depuis plusieurs années, nous organisons des campagnes de sensibilisation dans les écoles et les quartiers. Nous distribuons également des kits d’hygiène menstruelle et nous échangeons avec les familles pour expliquer l’importance de l’éducation menstruelle. Nous avons aussi élaboré un manuel sur l’éducation à l’hygiène menstruelle avec l’appui du ministère de la Santé afin d’aider les jeunes filles à mieux comprendre leur corps et les bonnes pratiques à adopter.

Vous insistez souvent sur le rôle des médias. Pourquoi ?

Les médias jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation. Grâce à la communication et à l’éducation, ils peuvent aider à briser les tabous autour des menstruations. Plus on parle librement des règles, plus les mentalités évoluent. Nous avons besoin d’une mobilisation collective impliquant les parents, les enseignants, les autorités et les journalistes.

Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités et aux partenaires ?

Nous souhaitons que la question de l’hygiène menstruelle soit davantage prise en compte dans les politiques publiques. Les jeunes filles ont droit à la dignité, à l’éducation et à la santé. Il est important d’impliquer les associations locales qui travaillent directement avec les communautés, car elles connaissent les réalités du terrain et les besoins des adolescentes.

Un dernier mot pour les jeunes filles ?

Je voudrais leur dire de ne pas avoir honte de leurs règles. Les menstruations sont naturelles. Elles doivent se sentir fières, prendre soin de leur santé et surtout chercher des informations fiables. Nous continuerons à être à leurs côtés pour les accompagner et défendre leurs droits.

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