Pierre Fezeu : “Pourquoi vos enfants n’auront peut-être jamais de compte bancaire”

Pendant des générations, ouvrir un compte bancaire a marqué une étape importante dans la vie d’un adulte. C’était le passage obligé pour recevoir son salaire, épargner, obtenir un crédit ou simplement participer à la vie économique. Pourtant, cette évidence pourrait bientôt appartenir au passé.

Une nouvelle génération est en train de grandir dans un monde où l’argent circule différemment, où les paiements sont instantanés, où les services financiers sont accessibles depuis un smartphone et où les stablecoins s’imposent progressivement comme une nouvelle infrastructure monétaire. Pour ces enfants nés avec le numérique, le compte bancaire pourrait devenir aussi anachronique que le téléphone fixe l’est devenu pour leurs parents.

Cette idée peut sembler provocatrice, mais elle est prise très au sérieux par plusieurs dirigeants du secteur financier. Adrian Cachinero, cofondateur de Steakhouse Financial, estime par exemple que sa fille d’un an et demi n’aura probablement jamais besoin d’ouvrir un compte bancaire au cours de sa vie. Son raisonnement ne repose pas sur la disparition des banques, mais sur une transformation beaucoup plus profonde : les services financiers ne seront plus organisés autour du compte bancaire, mais autour d’un portefeuille numérique capable de regrouper tous les actifs d’un utilisateur.

Depuis plusieurs années, le débat autour des cryptomonnaies se concentre essentiellement sur le Bitcoin. Pourtant, la véritable révolution pourrait bien venir des stablecoins. Contrairement aux cryptomonnaies les plus connues, dont la valeur fluctue fortement, les stablecoins sont adossés à des monnaies comme le dollar ou l’euro. Ils permettent donc de transférer de la valeur rapidement, 24 heures sur 24, à travers le monde, tout en conservant une stabilité indispensable aux paiements du quotidien. Peu à peu, ils cessent d’être un simple produit destiné aux investisseurs pour devenir une véritable infrastructure financière.

Cette évolution est loin d’être théorique. Les plus grandes banques internationales travaillent désormais sur des dépôts tokenisés, les réseaux de paiement développent leurs propres solutions basées sur la blockchain et de nombreuses fintechs construisent déjà leurs services autour des stablecoins. Ce qui se dessine n’est pas une opposition entre banques et cryptomonnaies, mais une nouvelle architecture dans laquelle la technologie blockchain fonctionne en arrière-plan, presque de manière invisible pour l’utilisateur.

Demain, nous n’aurons probablement plus besoin de multiplier les comptes. Aujourd’hui encore, une même personne possède souvent un compte courant, un livret d’épargne, un compte-titres, un portefeuille crypto et parfois un compte Mobile Money. Cette fragmentation n’a pas vocation à durer. Le portefeuille numérique de demain pourra contenir des stablecoins, des dépôts bancaires tokenisés, des actions, des obligations, des fonds monétaires, des cryptomonnaies, mais aussi des documents d’identité, des titres de propriété ou encore des points de fidélité. L’utilisateur ne se demandera plus dans quelle institution est conservé son argent ; il accédera simplement à l’ensemble de ses actifs depuis une seule application.

Cette mutation est souvent analysée sous un angle européen ou américain. Pourtant, c’est peut-être en Afrique qu’elle produira les effets les plus spectaculaires. Contrairement aux économies occidentales, une grande partie de la population africaine n’a jamais fait du compte bancaire le centre de sa vie financière. Depuis plus de quinze ans, des centaines de millions de personnes utilisent quotidiennement le Mobile Money pour envoyer de l’argent, régler leurs achats ou payer leurs factures. Le continent a déjà démontré sa capacité à contourner certaines infrastructures traditionnelles pour adopter directement des technologies plus modernes.

Les stablecoins pourraient permettre une nouvelle accélération. Là où l’Occident évoluera progressivement du compte bancaire vers le portefeuille numérique, l’Afrique pourrait passer presque directement du Mobile Money au portefeuille universel, en utilisant les stablecoins comme infrastructure de règlement. Cette évolution simplifierait considérablement les paiements internationaux, réduirait les coûts des transferts d’argent et faciliterait l’accès à des services financiers mondiaux pour des millions de personnes.

Le secteur des transferts internationaux illustre parfaitement cette transformation. Pendant des décennies, envoyer de l’argent d’un pays à un autre impliquait une succession d’intermédiaires : banques correspondantes, réseaux internationaux, établissements financiers locaux, avant que les fonds n’arrivent enfin sur un compte bancaire ou un portefeuille Mobile Money. Chaque étape ajoutait des délais, des frais et des contraintes réglementaires.

Aujourd’hui, une nouvelle génération d’acteurs adopte une approche radicalement différente. Plutôt que de faire voyager l’argent à travers plusieurs banques, ils utilisent les stablecoins comme infrastructure de règlement, tout en laissant au client une expérience parfaitement familière. L’expéditeur effectue son paiement dans sa devise locale, le transfert est compensé grâce à un stablecoin, puis le bénéficiaire reçoit directement les fonds sur son portefeuille Mobile Money ou son compte, sans jamais avoir à manipuler lui-même de cryptomonnaies.

C’est précisément l’approche développée par des solutions comme IPercash, qui utilisent les stablecoins non pas comme un produit d’investissement, mais comme une technologie de paiement invisible. Pour l’utilisateur, rien ne change : il envoie de l’argent comme il l’a toujours fait. En coulisses, en revanche, les délais sont réduits, les coûts diminuent et les transferts deviennent beaucoup plus fluides.

Cette évolution est révélatrice de ce qui attend l’ensemble du secteur financier. La blockchain ne remplacera pas les interfaces utilisées par le grand public ; elle deviendra simplement l’infrastructure sur laquelle elles fonctionneront. Exactement comme Internet est aujourd’hui indispensable sans que personne ne pense aux protocoles qui permettent son fonctionnement.

Source : https://lanouvellemonnaie.com/2026/07/22/pourquoi-vos-enfants-nauront-peut-etre-jamais-de-compte-bancaire/

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