RCA : après le drame de Zamboï, l’exploitation aurifère sous haute surveillance

Plus de deux semaines après l’éboulement qui a endeuillé le site aurifère de Zamboï, dans l’ouest de la Centrafrique, les stigmates du drame restent visibles. Le bilan officiel fait état de 49 morts, tandis que des familles évoquent un nombre de victimes bien plus élevé. Alors que le site demeure fermé et placé sous surveillance, une enquête est en cours pour établir les responsabilités et comprendre comment des milliers d’artisans ont pu reprendre l’exploitation d’un chantier pourtant interdit d’accès.

À Zamboï, le retour sur le site minier ravive le souvenir d’une catastrophe qui a brutalement interrompu l’activité de ce village situé à proximité de la frontière camerounaise. Plus de deux semaines après l’éboulement, le terrain porte encore les marques du drame : excavations profondes, pans de terre éventrés et zones fragilisées par les fortes précipitations.

Le site, exploité par la société Douakouzou, reste officiellement fermé. Pourtant, quelques habitants et des représentants de l’entreprise ont été autorisés à s’y rendre afin de constater l’état des lieux et contribuer à la reconstitution des circonstances de l’accident.

Selon les responsables locaux, le chantier avait été fermé environ deux semaines avant l’éboulement. Des dispositifs de protection avaient notamment été installés pour empêcher les accès. Mais cette interdiction aurait été progressivement contournée.

Un site fermé, mais de nouveau pris d’assaut

Avant le drame, Zamboï était devenu l’un des principaux pôles d’attraction de l’exploitation artisanale de l’or dans cette partie de la Centrafrique. Des milliers de travailleurs, venus de différentes régions du pays mais également de plusieurs États africains, avaient convergé vers le site.

Cette affluence avait profondément transformé le village, devenu en quelques mois un véritable carrefour économique et humain. Autour de l’or s’étaient développées de nombreuses activités commerciales et de services.

Mais cette concentration massive d’artisans sur un site minier présentant des risques géologiques importants a également compliqué son contrôle. Aliou Garga, propriétaire de la société Douakouzou, affirme que les installations destinées à empêcher l’accès au chantier avaient été forcées. Selon lui, des groupes d’artisans auraient franchi les clôtures malgré l’interdiction et les consignes de sécurité.

La situation était d’autant plus préoccupante que le site venait de subir plusieurs jours de fortes pluies, susceptibles de fragiliser davantage les sols.

Les pluies ont aggravé la fragilité du terrain

La reconstitution des événements fait apparaître un phénomène progressif. Selon le ministre centrafricain des Mines, Rufin Benam Beltoungou, une première alerte avait été observée lorsque des matériaux situés en hauteur ont commencé à s’affaisser.

Certains travailleurs auraient alors quitté les lieux après avoir été alertés par leurs collègues. Mais l’arrêt momentané du mouvement des terres aurait donné à d’autres l’impression que le danger était écarté. Ils auraient alors repris leur activité dans les excavations.

C’est dans ce contexte qu’un nouvel effondrement s’est produit. La nature boueuse du terrain, rendue plus instable par les précipitations, aurait considérablement réduit les possibilités de fuite des personnes présentes dans les trous. En quelques instants, des travailleurs se sont retrouvés piégés sous les masses de terre.

Le gouvernement centrafricain a officiellement établi le bilan à 49 morts. Un chiffre qui ne convainc toutefois pas certaines familles de victimes, lesquelles évoquent un bilan pouvant atteindre une centaine de décès.

Les opérations de récupération des corps ont principalement été réalisées par les habitants de la localité. Une partie des victimes aurait été inhumée sur place, tandis que certaines familles ont choisi de ramener les dépouilles dans leurs villages d’origine.

Pour les survivants, le souvenir de cette journée reste particulièrement douloureux. Des témoignages font état de scènes de panique au moment de l’effondrement, certains travailleurs n’ayant dû leur survie qu’à une fuite précipitée hors des zones menacées.

À Zamboï, le deuil reste donc très présent. La catastrophe a frappé une communauté qui vivait largement de l’activité minière et qui avait vu affluer une importante population de travailleurs et de commerçants autour du site aurifère.

Des responsabilités à établir

Au-delà du bilan humain, l’enquête devra répondre à une question centrale : comment des milliers d’artisans ont-ils pu accéder à un site officiellement fermé et considéré comme dangereux ?

Les autorités affirment avoir identifié plusieurs personnes soupçonnées d’avoir encouragé les travailleurs à braver l’interdiction. Ces individus seraient cependant en fuite.

Les investigations devront déterminer leur rôle exact, mais également examiner les conditions de surveillance du site, le respect des mesures de fermeture et les éventuelles défaillances dans la chaîne de contrôle.

Le gouvernement entend également renforcer son dispositif à l’avenir. Le ministre des Mines annonce une combinaison de sensibilisation et de mesures coercitives pour empêcher la reprise d’activités minières dans des zones présentant des risques importants.

Zamboï, le révélateur des défis de l’exploitation artisanale

Le drame de Zamboï dépasse ainsi le seul cadre de cet accident. Il met en évidence les difficultés auxquelles sont confrontées les autorités centrafricaines pour encadrer une exploitation artisanale de l’or qui attire une main-d’œuvre importante et génère des revenus considérables pour les populations.

Lorsque les sites deviennent fortement peuplés, la question de la sécurité des travailleurs devient particulièrement complexe. Les risques d’effondrement, l’absence de dispositifs de protection adaptés, la profondeur des excavations et les conditions météorologiques peuvent rapidement transformer une activité économique en catastrophe humaine.

Pour les autorités, l’enjeu est désormais de tirer les leçons de Zamboï. La fermeture du chantier ne constitue qu’une première étape. Il faudra surtout garantir le respect effectif des interdictions, renforcer les contrôles et améliorer l’encadrement des activités minières artisanales.

En attendant les conclusions de l’enquête, le site de Zamboï reste fermé et placé sous surveillance. Dans ce village devenu en quelques années un important centre aurifère, la priorité est désormais d’éviter qu’une nouvelle ruée vers l’or ne débouche sur une autre tragédie.

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