RCA : le renseignement douanier érigé en nouvelle arme contre la fraude et les trafics

Vingt-trois agents des douanes de la République centrafricaine et de la République démocratique du Congo ont achevé, le 11 septembre à Bangui, une formation de cinq jours consacrée au renseignement douanier. À travers la collecte, l’analyse et le partage sécurisé des informations, les deux administrations entendent renforcer leurs capacités face à une fraude de plus en plus transfrontalière et aux réseaux de trafics qui exploitent les frontières.

La lutte contre la fraude douanière ne se joue plus uniquement aux postes de contrôle. Elle commence désormais en amont, dans la capacité des administrations à recueillir les bonnes informations, à les analyser et surtout à les transmettre rapidement aux services concernés.

C’est tout l’enjeu de la formation consacrée au renseignement douanier, organisée du 7 au 11 septembre 2026 à l’Hôtel des Douanes de Bangui. Pendant cinq jours, 23 agents, dont 20 douaniers centrafricains et trois agents venus de la République démocratique du Congo, notamment de Zongo, ont été formés aux techniques et outils permettant d’anticiper davantage les opérations frauduleuses. À travers cette initiative, les administrations douanières cherchent à passer d’une logique essentiellement réactive à une approche davantage fondée sur l’anticipation et l’exploitation du renseignement.

De la collecte d’informations à l’action

Au cœur des échanges : les méthodes de collecte, de traitement, d’analyse et de diffusion des informations susceptibles de permettre l’identification des pratiques frauduleuses. Les participants ont notamment été familiarisés avec plusieurs outils développés dans le cadre de la coopération douanière internationale, parmi lesquels CEN, nCEN et CENcomm, mis à disposition par l’Organisation mondiale des douanes.

Ces plateformes et mécanismes permettent notamment de faciliter la circulation des informations relatives aux fraudes, aux saisies et aux différents phénomènes criminels observés dans le secteur douanier. L’objectif est de donner aux agents les moyens de ne plus seulement constater une infraction une fois celle-ci commise, mais d’être capables d’en repérer les signaux en amont.

Pour Alain Grengbagbo, directeur général adjoint des Douanes et des Droits indirects, cette formation a notamment permis aux agents de prendre conscience de la dimension stratégique d’une activité qu’ils pratiquent déjà, parfois sans la nommer comme telle.

Le renseignement fait en effet partie du travail quotidien des douaniers : observation des flux, identification des comportements suspects, collecte d’informations auprès des différents acteurs de la chaîne commerciale ou encore transmission d’éléments susceptibles d’intéresser d’autres services. La formation vise désormais à professionnaliser davantage cette démarche.

« Le vrai test commence maintenant »

Si les cinq jours de formation ont permis d’acquérir de nouvelles connaissances, ils ne constituent pas une finalité.Ibrahim Njoya, directeur du Bureau régional de liaison des renseignements douaniers pour l’Afrique centrale et les Grands Lacs (BRLR-AC), a insisté sur cette nécessité de transformer rapidement les acquis théoriques en pratiques opérationnelles.

Une semaine ne peut évidemment pas suffire à maîtriser toutes les subtilités du renseignement douanier. Mais elle peut permettre, selon lui, de modifier les méthodes de travail et d’installer une culture davantage tournée vers l’anticipation.

Le défi consiste désormais à faire vivre cette dynamique dans les services déconcentrés et aux différents points de contrôle. D’où la proposition de désigner un correspondant national adjoint ainsi que des correspondants locaux. Ces derniers auraient notamment pour mission de faciliter la remontée des informations, d’assurer leur circulation au sein des différents services et de servir de relais du correspondant national.

Pour le responsable du BRLR-AC, cette organisation doit permettre de réduire les ruptures dans la chaîne du renseignement. Son message aux agents formés est sans ambiguïté : le véritable travail commence une fois la formation terminée. La collecte doit devenir systématique, l’analyse plus rigoureuse et le partage des informations plus fluide.

La frontière RCA-RDC sous surveillance

La présence de trois agents de la RDC à cette session de formation illustre également la dimension transfrontalière du dispositif. Entre la RCA et la RDC, les échanges commerciaux et humains s’effectuent sur une frontière où les mouvements de marchandises sont nombreux. Pour les réseaux de fraude, cette circulation peut constituer une opportunité pour contourner les contrôles, déplacer des produits illicites ou dissimuler l’origine de certaines marchandises.

La zone de Zongo, notamment, constitue à ce titre un espace où la coopération entre les deux administrations apparaît particulièrement importante. Un dispositif de renseignement efficace suppose en effet que les informations ne s’arrêtent pas à la frontière. Une marchandise suspecte identifiée d’un côté peut avoir été chargée, transformée ou dissimulée de l’autre.

Le partage d’informations devient alors un outil de sécurisation de l’ensemble de la chaîne. La coopération entre les deux administrations doit ainsi permettre de mieux suivre les flux commerciaux, d’identifier les itinéraires à risque et de détecter plus rapidement les pratiques frauduleuses.

Une lutte qui dépasse les seules pertes fiscales

La fraude douanière ne représente pas uniquement un manque à gagner pour l’État. Elle peut également favoriser la circulation de produits illicites, alimenter les réseaux criminels et fragiliser les acteurs économiques qui respectent les règles.

Dans un contexte régional marqué par la circulation de marchandises entre plusieurs pays, les administrations douanières sont donc confrontées à des réseaux capables de s’adapter rapidement aux dispositifs de contrôle.

Face à cette réalité, le renseignement permet de compléter les contrôles physiques par une approche fondée sur l’information. L’enjeu est notamment de savoir où chercher, quoi contrôler et comment identifier les flux présentant les plus grands risques. Cette évolution suppose toutefois des agents mieux formés, des outils adaptés et une coopération régulière entre les administrations nationales et les structures régionales.

Des recommandations pour renforcer le dispositif

À l’issue de la formation, les participants ont formulé plusieurs recommandations destinées à consolider le dispositif national de renseignement douanier. Outre la désignation d’un correspondant national adjoint et de correspondants locaux, ils ont préconisé la mise en œuvre des recommandations issues de la réunion annuelle des correspondants nationaux, notamment celles relatives à l’instruction-cadre sur le renseignement. Ces propositions traduisent la volonté de faire du renseignement une fonction pleinement intégrée au fonctionnement des douanes centrafricaines.

La cérémonie de clôture, marquée par la remise des attestations aux 23 participants, est ainsi venue consacrer une étape de renforcement des capacités. Mais l’efficacité de cette formation se mesurera désormais sur le terrain : dans la capacité des agents à recueillir des informations fiables, à les analyser correctement et à les transmettre aux services susceptibles d’en faire un usage opérationnel.

Vers une douane davantage tournée vers l’anticipation

Pour la Centrafrique, l’enjeu est particulièrement important dans un contexte où la fraude, la corruption et les trafics illicites constituent des défis persistants pour les administrations publiques.

L’objectif affiché est donc de renforcer une douane capable non seulement de contrôler, mais également d’anticiper. Le renseignement devient ainsi un maillon essentiel de la stratégie de sécurisation des frontières et des recettes publiques.

La coopération avec la RDC ouvre, de son côté, une perspective supplémentaire : celle d’un partage plus systématique des informations entre administrations confrontées à des phénomènes qui, eux, ignorent les frontières.

À Bangui, les 23 agents formés repartent donc avec une mission claire : transformer l’information en action, la coopération en efficacité et le renseignement en véritable outil de lutte contre la fraude et les trafics transfrontaliers.

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