
La musique centrafricaine s’apprête à franchir un nouveau cap sur la scène internationale. Losseba Ngoutiwa, figure montante de la scène musicale de Bangui, se produit ce samedi 12 septembre au Nouveau Casino, à Paris. Un rendez-vous inédit que l’artiste entend transformer en vitrine du patrimoine musical centrafricain et en tremplin pour une nouvelle génération d’artistes.
De Sapéké aux lumières de Paris
Son histoire commence loin des grandes scènes et des projecteurs. Dans le quartier populaire de Sapéké, à Bangui, Losseba Ngoutiwa découvre la musique alors qu’il est encore enfant. Avec ses camarades, il improvise des instruments à partir de matériaux récupérés dans leur environnement.
Boîtes de lait, bouteilles et objets abandonnés deviennent alors batteries ou microphones. Sous les manguiers du quartier, le jeune passionné et ses amis composent leurs premières chansons. Une débrouillardise qui témoigne déjà d’une volonté : faire de la musique malgré le manque de moyens.
« On fouillait sur les poubelles pour récupérer les boîtes de lait et les bouteilles, pour les utiliser comme batteries et micros. On composait nos chansons sous les manguiers du quartier. On aimait la musique », se souvient l’artiste. Deux décennies plus tard, cette passion de jeunesse s’est transformée en véritable carrière. Losseba Ngoutiwa a fondé son propre orchestre, Sapéké Maison Mère, et s’est progressivement fait une place dans le paysage musical centrafricain.
Une musique entre modernité et héritage
La particularité de Losseba Ngoutiwa réside aussi dans sa capacité à naviguer entre plusieurs univers musicaux. La rumba et l’afrobeat côtoient dans son répertoire des rythmes traditionnels issus du patrimoine centrafricain. L’artiste s’intéresse notamment au Ngarké, au Motéguéné et au Gbadouma, des sonorités qui constituent une part importante de l’identité musicale du pays. À travers cette fusion entre influences contemporaines et héritage culturel, il cherche à proposer une musique accessible tout en conservant une forte identité centrafricaine.
Son parcours est ainsi perçu par ses admirateurs comme celui d’un artiste qui contribue à donner davantage de visibilité à la culture du pays. Pour Léo Papy Bénam, l’un de ses admirateurs, Losseba Ngoutiwa s’est toujours distingué par sa volonté de porter les couleurs de la République centrafricaine au-delà de ses frontières. « Il a toujours été un acteur qui a su valoriser les couleurs de la République centrafricaine », estime-t-il, voyant dans le passage de l’artiste sur une scène parisienne une étape importante pour la présence culturelle centrafricaine à l’étranger.
Le défi du Nouveau Casino
Le concert prévu au Nouveau Casino de Paris prend donc une dimension particulière. Pour l’artiste, monter sur cette scène représente l’aboutissement de plusieurs années de travail, mais aussi une réponse aux difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux musiciens centrafricains, notamment l’accès limité aux producteurs et aux grandes infrastructures culturelles.
Losseba Ngoutiwa ne cache pas son émotion face à cette nouvelle étape de sa carrière. « Je suis très fier car, pendant des années, on a seulement joué dans des petites salles des fêtes, par manque de producteurs », confie-t-il. Il considère cette prestation comme une ouverture et espère qu’elle permettra à d’autres artistes de son pays de croire davantage à la possibilité de conquérir les grandes scènes internationales.
Au-delà de sa propre carrière, le chanteur veut donc faire de cette expérience un symbole. Son ambition est de montrer que les artistes centrafricains peuvent eux aussi s’imposer sur des scènes prestigieuses et faire connaître leurs créations à un public international.
Paris comme étape, Bangui comme prochain défi
L’aventure ne devrait toutefois pas s’arrêter à Paris. Après cette prestation dans la capitale française, Losseba Ngoutiwa nourrit une ambition encore plus importante : se produire devant plusieurs milliers de spectateurs à Bangui. Il envisage ainsi un grand concert au complexe sportif Barthélemy-Boganda, principale enceinte sportive du pays, dont la capacité peut atteindre environ 20 000 places. Du quartier de Sapéké, où il fabriquait ses premiers instruments avec des objets de récupération, jusqu’aux scènes internationales, le parcours de Losseba Ngoutiwa raconte finalement celui d’un artiste qui a grandi avec peu de moyens, mais avec une ambition intacte.
Son concert parisien pourrait ainsi être bien plus qu’une simple prestation musicale : une démonstration de la vitalité de la création centrafricaine et, peut-être, le début d’une nouvelle aventure pour la musique du pays sur les scènes internationales.