
Né dans l’Est de la République démocratique du Congo et grandi en Centrafrique après l’exil forcé de sa famille, Rafiki Fariala a construit son identité entre déracinement, précarité et création artistique. Réfugié dès l’enfance, confronté très tôt aux responsabilités familiales et à l’injustice, il transforme peu à peu son vécu en matière artistique.
De la musique au documentaire, puis au cinéma de fiction, son parcours raconte autant une histoire personnelle qu’une réalité sociale partagée par de nombreux jeunes Africains. Avec Congo Boy, présenté en 2026 à Festival de Cannes, il confirme une trajectoire singulière où l’art devient un acte de survie, de mémoire et d’affirmation identitaire.
À 28 ans, Rafiki Fariala incarne une génération d’artistes africains dont la création naît d’un parcours marqué par l’exil et la résilience. Originaire des Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, il quitte son pays alors qu’il est encore enfant lorsque sa famille trouve refuge en Centrafrique pour fuir les violences et l’instabilité qui secouent la région.
Mais l’exil ne met pas fin aux difficultés. Installée à Bangui dans une grande fragilité administrative, sa famille tente de reconstruire une vie. Lorsque son père entreprend des démarches pour obtenir la nationalité centrafricaine, la situation tourne au drame : ses deux parents sont arrêtés puis emprisonnés. Rafiki n’a alors que 16 ans. Du jour au lendemain, il devient responsable de ses quatre jeunes frères et sœurs, obligé de trouver des solutions pour survivre tout en cherchant à faire libérer ses parents.
C’est dans cette période d’épreuves qu’il découvre la musique. Alors que ses parents rêvaient pour lui d’un parcours universitaire plus stable, lui voit dans l’art une manière d’exister, de raconter son histoire et d’échapper à la fatalité. En 2013, il enregistre son premier morceau, Pourquoi la guerre, et adopte le nom artistique RAFIKI – RH20. Derrière ses textes se dessinent déjà les thèmes qui traverseront toute son œuvre : l’exil, la jeunesse abandonnée, les rêves empêchés et la dignité face à la précarité.
Quelques années plus tard, une nouvelle porte s’ouvre à lui grâce à une formation en réalisation documentaire organisée par Les Ateliers Varan en 2017. Cette expérience marque un tournant décisif. Il y découvre le cinéma comme prolongement naturel de son regard artistique et social. À l’issue de cette formation, il réalise MBI NA MO (« Toi et Moi »), son premier film documentaire. L’œuvre suit le quotidien d’un jeune moto-taxi et d’une élève confrontés à une grossesse précoce et aux difficultés économiques. Porté par une approche intime et réaliste, le film attire rapidement l’attention de plusieurs festivals internationaux, de Lausanne à Montréal, en passant par Lille, Saint-Denis et le FIPADOC de Biarritz.
La reconnaissance internationale arrive véritablement avec Nous, étudiants ! en 2022. Dans ce documentaire salué pour sa sincérité et sa proximité avec ses personnages, Rafiki Fariala filme la vie d’étudiants de l’université de Bangui confrontés au manque de moyens, aux incertitudes et aux compromis quotidiens nécessaires pour poursuivre leurs études. Le film résonne bien au-delà des frontières centrafricaines et est sélectionné dans plusieurs grands rendez-vous du cinéma mondial, notamment à la Berlinale et au FESPACO, où il reçoit l’Étalon d’argent du documentaire.
En 2026, il franchit une étape majeure avec Congo Boy, son premier long-métrage de fiction, présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. Inspiré de sa propre histoire, le film raconte le destin d’un adolescent réfugié congolais vivant à Bangui, partagé entre les responsabilités familiales, la survie quotidienne et son rêve de devenir musicien. À travers cette fiction nourrie d’expériences personnelles, Rafiki Fariala poursuit un travail profondément ancré dans le réel, où les frontières entre autobiographie et cinéma social deviennent presque invisibles.
Parallèlement à son parcours de cinéaste, il continue de développer sa carrière musicale avec une quarantaine de titres à son actif. Cette double pratique artistique — musique et cinéma — nourrit une œuvre cohérente, portée par la même volonté de raconter les marges, les oubliés et les jeunesses africaines confrontées à l’exil ou à l’absence de perspectives.
Si ses origines sont congolaises, l’essentiel de son parcours humain, scolaire et artistique s’est construit en Centrafrique. C’est à Bangui qu’il a grandi, étudié, découvert la musique, appris le cinéma et trouvé sa voix artistique. Cette double appartenance façonne aujourd’hui toute son identité : congolais par naissance, centrafricain par expérience de vie et par création.
Son itinéraire fait ainsi de lui une figure profondément liée à la Centrafrique, un pays qui, malgré ses fragilités, a constitué le terreau de son expression artistique. Plus qu’un simple lieu d’accueil, Bangui apparaît dans son œuvre comme un espace fondateur, celui où un adolescent réfugié a réussi à transformer les blessures de l’exil en langage cinématographique et musical.