
La République centrafricaine franchit une étape majeure dans son ambition de désenclavement et de transformation économique. A&S Resources Limited annonce avoir obtenu un financement de 6 milliards de dollars auprès de l’Export-Import Bank of India pour la construction d’une ligne ferroviaire de 1 350 kilomètres entre Bangui et le port en eau profonde de Kribi, au Cameroun. Un projet stratégique appelé à connecter les ressources minières centrafricaines aux marchés internationaux et à redessiner les échanges entre les deux pays.
Un corridor ferroviaire pour désenclaver la Centrafrique
Longtemps confrontée au poids de son enclavement géographique, la République centrafricaine veut désormais miser sur les infrastructures pour accélérer son intégration régionale et son développement économique. Le projet ferroviaire Bangui-Kribi s’inscrit au cœur de cette stratégie. Portée par A&S Resources Limited, en partenariat avec China Railway Sixth Group Co., Ltd, la future ligne devrait parcourir environ 1 350 kilomètres pour relier la capitale centrafricaine au port en eau profonde de Kribi, sur la façade atlantique camerounaise.
L’enjeu dépasse largement la construction d’une voie ferrée. Il s’agit de créer un véritable corridor logistique et économique permettant à la RCA d’accéder plus directement aux infrastructures portuaires camerounaises et, au-delà, aux marchés internationaux.
Pour un pays sans accès à la mer, disposer d’une liaison ferroviaire capable d’acheminer de grandes quantités de marchandises jusqu’à un port en eau profonde constituerait un changement majeur. Le transport des minerais, mais aussi celui des produits agricoles et d’autres marchandises, pourrait être considérablement facilité.
Un investissement de 6 milliards de dollars
Le projet entre dans une nouvelle phase avec l’annonce d’un financement de 6 milliards de dollars mobilisé auprès de l’Export-Import Bank of India. Cette enveloppe doit permettre de financer la réalisation de cette infrastructure lourde, dont la construction devrait débuter à la fin de l’année 2026, selon les éléments communiqués par le promoteur.
La capacité annoncée témoigne de l’ambition industrielle du projet. La ligne serait conçue pour supporter un trafic pouvant atteindre 250 000 tonnes de marchandises par jour, avec une possibilité d’extension à 300 000 tonnes quotidiennes.
Une telle capacité répond notamment aux perspectives de développement du secteur minier centrafricain. Elle pourrait également favoriser la circulation de produits agricoles, de matériaux et de biens manufacturés entre les deux pays.
Le minerai de fer au cœur de l’équation
Derrière le projet ferroviaire se trouve un enjeu minier considérable. A&S Resources met en avant un potentiel estimé à 20 milliards de tonnes de minerai de fer à haute teneur, représentant, selon les estimations avancées par l’entreprise, une valeur brute in situ pouvant atteindre 2 500 milliards de dollars. À cela s’ajouteraient des ressources stratégiques comprenant notamment des terres rares, du cuivre et d’autres minéraux essentiels.
Ces chiffres donnent une idée de l’importance économique que les promoteurs associent au projet. Ils doivent toutefois être considérés comme des estimations de ressources et de valeur potentielle, et non comme des recettes immédiatement disponibles pour l’État centrafricain.
La construction du chemin de fer répond précisément à l’un des principaux obstacles à la mise en valeur de ces ressources : leur éloignement des grandes infrastructures d’exportation. Sans une chaîne logistique fiable et suffisamment capacitaire, l’exploitation industrielle de gisements éloignés reste difficilement compétitive. Le corridor Bangui-Kribi entend donc apporter une réponse à cette contrainte.

Kribi, porte d’entrée vers les marchés mondiaux
Le choix du port de Kribi donne au projet une dimension régionale supplémentaire. Grâce à ses infrastructures portuaires en eau profonde, le site camerounais constitue un point stratégique pour l’exportation des matières premières et l’importation des équipements industriels. La liaison ferroviaire Bangui-Kribi pourrait ainsi créer une chaîne logistique intégrée reliant les zones de production centrafricaines à la façade maritime camerounaise.
Pour la RCA, l’objectif est de réduire les contraintes liées au transport terrestre et d’améliorer la compétitivité de ses exportations. Pour le Cameroun, l’arrivée de volumes supplémentaires de minerais et de marchandises pourrait contribuer à renforcer l’activité autour du complexe portuaire de Kribi et des corridors de transport. Le projet pourrait donc faire émerger un axe économique Bangui-Kribi, appelé à jouer un rôle important dans l’intégration des économies d’Afrique centrale.
Des retombées attendues au-delà du secteur minier
Si le minerai de fer constitue l’un des principaux moteurs économiques du projet, ses promoteurs mettent également en avant des retombées beaucoup plus larges. La construction de 1 350 kilomètres de voie ferrée devrait mobiliser d’importantes ressources humaines et techniques, avec des besoins en ingénieurs, techniciens, ouvriers et spécialistes de la logistique.
À moyen terme, la mise en service de la ligne pourrait favoriser l’installation de nouvelles activités industrielles et commerciales le long du corridor. L’agriculture pourrait également bénéficier de cette nouvelle infrastructure. Une meilleure connexion aux marchés permettrait potentiellement de réduire les coûts de transport et d’élargir les débouchés pour les productions locales.
La formation professionnelle constitue un autre enjeu. Un projet de cette dimension pourrait contribuer au développement de compétences locales dans les domaines du ferroviaire, de la maintenance, de la construction, de la logistique et de l’exploitation minière.
Un chantier au cœur de la transformation voulue par Touadéra
Le projet Bangui-Kribi s’inscrit dans la vision défendue par le président Faustin-Archange Touadéra pour transformer structurellement l’économie centrafricaine. Pour le pouvoir centrafricain, l’objectif est de passer progressivement d’une économie fortement contrainte par l’enclavement et la faiblesse des infrastructures à un modèle davantage connecté aux échanges régionaux et internationaux.
Dans cette perspective, le chemin de fer apparaît comme bien plus qu’un équipement de transport. Il constitue un instrument de souveraineté économique, capable de faciliter l’exploitation des ressources naturelles, d’améliorer la circulation des marchandises et de renforcer l’intégration de la RCA dans son environnement régional.
Le partenariat entre A&S Resources et China Railway Sixth Group, ainsi que le financement annoncé par une institution financière indienne, donnent par ailleurs au projet une dimension internationale. Inde, Chine, Cameroun et République centrafricaine se retrouvent ainsi indirectement associés autour d’une infrastructure stratégique susceptible de modifier les flux économiques en Afrique centrale.
Un projet colossal qui devra encore relever plusieurs défis
L’annonce du financement constitue une avancée importante, mais elle ne signifie pas que tous les obstacles sont levés. Un projet ferroviaire de 1 350 kilomètres représente une opération d’une complexité exceptionnelle. Les questions foncières, environnementales, techniques, sécuritaires et logistiques devront être maîtrisées tout au long du tracé.
La viabilité économique du corridor dépendra également de sa capacité à générer durablement des volumes suffisants de marchandises. L’exploitation minière annoncée devra donc progresser en cohérence avec le développement de l’infrastructure ferroviaire.
La transparence sur les conditions de financement, les contrats, les garanties éventuelles accordées aux investisseurs et la répartition des retombées économiques sera également déterminante. Pour la RCA comme pour le Cameroun, le défi sera de faire en sorte que cette infrastructure ne serve pas uniquement à exporter des matières premières, mais contribue réellement à la transformation industrielle et économique des territoires traversés.
Bangui-Kribi, une nouvelle colonne vertébrale économique ?
Avec ses 1 350 kilomètres, ses capacités de transport annoncées et un financement de 6 milliards de dollars, le chemin de fer Bangui-Kribi figure parmi les projets d’infrastructures les plus ambitieux associés à la transformation économique de la République centrafricaine.
S’il se concrétise dans les délais annoncés, il pourrait changer profondément la géographie économique de la RCA en rapprochant ses zones de production des marchés internationaux. Le projet porte ainsi une double promesse : désenclaver la Centrafrique et valoriser son potentiel minier. Mais son véritable succès se mesurera à sa capacité à produire des effets durables sur l’emploi, l’industrie, l’agriculture, les échanges et les revenus des populations.
Après des années de contraintes logistiques, Bangui veut désormais regarder vers Kribi. Et derrière cette liaison ferroviaire se dessine une ambition beaucoup plus vaste : faire du désenclavement une rampe de lancement pour la transformation économique de la République centrafricaine.