
À la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations unies à New York, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a appelé à refonder le multilatéralisme autour de la paix, de la justice climatique, du développement et d’une meilleure représentation de l’Afrique. Dans un monde marqué par la multiplication des conflits et les fractures géopolitiques, le chef de l’État centrafricain a défendu une ONU plus efficace, plus inclusive et davantage tournée vers les pays les plus vulnérables.
Depuis la tribune des Nations unies, Faustin-Archange Touadéra a livré un plaidoyer en faveur d’un système multilatéral capable de répondre aux crises contemporaines. Son intervention s’inscrit dans le débat général de la 81e session de l’Assemblée générale, placé cette année sous le thème : « Restaurer la confiance, gérer la transformation : des Nations Unies qui apportent des résultats pour tous ».
Pour le président centrafricain, l’urgence est d’autant plus grande que les crises internationales s’accumulent et fragilisent les mécanismes censés garantir la paix collective. Guerres prolongées, déplacements de populations, recul de l’aide internationale, changement climatique et nouvelles technologies bouleversent les équilibres mondiaux, tandis que les divisions entre puissances compliquent les réponses communes.
Le Conseil de sécurité au cœur des critiques
Dans son intervention, Touadéra a notamment pointé les limites du fonctionnement actuel du Conseil de sécurité, dont les divisions réduisent, selon lui, la capacité à agir efficacement face aux crises.
Le chef de l’État centrafricain défend ainsi une réforme de l’architecture internationale afin qu’elle corresponde davantage aux réalités géopolitiques actuelles. Il estime que les équilibres hérités de 1945 ne peuvent plus refléter à eux seuls la configuration du monde contemporain.
Cette revendication rejoint la position défendue depuis plusieurs années par l’Union africaine à travers le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, qui demandent notamment une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité.
Pour Bangui, cette évolution ne relèverait pas d’un privilège accordé au continent, mais d’une question de représentativité et d’efficacité du système multilatéral.
L’expérience centrafricaine mise en avant
Le président centrafricain a également utilisé l’expérience de son pays pour défendre une approche privilégiant le dialogue et la réconciliation dans la résolution des conflits.
Il a rappelé le processus engagé en Centrafrique avec les groupes armés signataires de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation, présenté comme un exemple de recherche de sortie de crise par la négociation, le désarmement et la réintégration.
Selon les chiffres avancés par le chef de l’État, 11 des 14 groupes armés signataires ont déjà procédé à leur autodissolution.
À travers cet exemple, Touadéra a défendu l’idée que les solutions politiques doivent occuper une place centrale dans la prévention et le règlement des conflits. Il a également renouvelé sa proposition en faveur d’un mécanisme mondial de prévention et de médiation, doté de ressources suffisamment prévisibles pour intervenir avant que les crises ne dégénèrent.
« Pas de sécurité durable sans sécurité climatique »
Le président centrafricain a ensuite élargi son intervention aux enjeux environnementaux. Pour lui, les questions climatiques ne peuvent plus être dissociées des problématiques de paix et de sécurité.
La République centrafricaine entend notamment défendre, dans les prochaines négociations climatiques, une meilleure prise en compte des besoins des pays particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique.
Bangui plaide ainsi pour rendre pleinement opérationnel le Fonds destiné aux pertes et dommages, accroître les financements consacrés à l’adaptation et mieux rémunérer les efforts de conservation des forêts du bassin du Congo, dont la Centrafrique fait partie.
L’enjeu est aussi financier : les pays disposant d’importantes ressources forestières souhaitent que leur contribution à la régulation du climat mondial soit davantage reconnue dans les mécanismes internationaux de financement.
Le développement comme rempart contre l’instabilité
Pour Touadéra, la question sécuritaire ne peut cependant être dissociée du développement économique et social. Il a notamment insisté sur le cercle qui lie pauvreté, absence d’opportunités et vulnérabilité aux conflits.
Son argument est simple : sans sécurité, les investissements et les services publics ont du mal à se développer ; sans développement, les fragilités sociales et économiques peuvent à leur tour alimenter l’instabilité.
Dans ce contexte, il a présenté le Plan national de développement 2024-2028 comme un cadre destiné à renforcer le lien entre paix, développement et cohésion sociale. Le programme repose notamment sur la gouvernance et la sécurité, le capital humain, les infrastructures, la production économique et la protection de l’environnement.
Une attention particulière a été accordée aux jeunes et aux femmes, considérés comme des acteurs essentiels de la reconstruction et de la consolidation de la paix.
La pression des crises régionales
Le chef de l’État centrafricain a également évoqué les conséquences des crises qui secouent l’environnement régional de la RCA.
La guerre au Soudan, notamment, exerce une pression supplémentaire sur les zones frontalières centrafricaines avec l’arrivée de réfugiés. Cette situation pèse sur les infrastructures, les ressources locales et les capacités d’accueil des communautés.
Touadéra a donc appelé à une solidarité internationale plus importante envers les pays qui supportent directement les conséquences de conflits dont ils ne sont pas à l’origine.
Sur le plan sécuritaire, il a également défendu une évolution maîtrisée du dispositif international en Centrafrique, en plaidant pour que tout retrait de la MINUSCA soit progressif et conditionné à des critères objectifs.
Technologie, santé et dette au cœur du plaidoyer
Le président centrafricain a par ailleurs intégré à son discours plusieurs enjeux liés à la transformation du monde.
Sur le numérique et l’intelligence artificielle, il a plaidé pour une gouvernance permettant aux pays en développement de ne pas rester à l’écart de la révolution technologique. Son appel porte notamment sur l’accès aux infrastructures numériques, le transfert de compétences et une participation plus large des pays du Sud à la définition des règles qui encadreront ces technologies.
La santé figure également parmi les priorités évoquées, avec un plaidoyer en faveur d’un accès plus équitable aux vaccins et aux technologies médicales et d’un renforcement des systèmes sanitaires des pays fragiles.
Touadéra a enfin abordé la question du passé colonial, de la restitution des biens culturels et de la dette, qu’il relie plus largement aux déséquilibres persistants des relations internationales.
« Passer du constat à l’action »
Au terme de son intervention, le président centrafricain a appelé les Nations unies à dépasser les simples déclarations de principe pour privilégier des décisions et des mécanismes capables de produire des résultats concrets.
Son message rejoint ainsi l’un des enjeux centraux de cette 81e session : restaurer la confiance dans le multilatéralisme en démontrant son utilité face aux crises contemporaines. Le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a lui-même placé la restauration de cette confiance et l’efficacité de l’organisation au cœur de son mandat.
À New York, Touadéra a donc cherché à positionner la République centrafricaine non seulement comme un pays confronté aux fragilités et aux conséquences des crises régionales, mais aussi comme un État porteur de propositions sur la médiation, le climat, le financement du développement et la réforme de la gouvernance mondiale.
Son intervention aura ainsi porté un message central : pour rester crédible, l’ONU devra davantage répondre aux attentes des populations et accorder une place plus importante aux pays et aux régions qui restent sous-représentés dans les mécanismes de décision internationale.