
Interpellés le 15 octobre 2026 après la journée de protestation « ville morte » organisée contre la vie chère et la hausse des prix du carburant, cinq responsables de la société civile centrafricaine ont été entendus le 19 octobre par la gendarmerie. Alors que la défense dénonce des irrégularités dans la procédure, leur présentation devant le procureur de la République est attendue ce mardi, sur fond de menace d’une nouvelle mobilisation.
La tension reste palpable en République centrafricaine après l’interpellation de cinq figures de la société civile à Bangui. Arrêtés le 15 octobre dernier, ces responsables ont été auditionnés lundi 19 octobre à la Section de recherches et d’investigations (SRI) de la gendarmerie, dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des faits présumés de troubles à l’ordre public et d’incitation à la désobéissance civile, selon les informations communiquées par le parquet.
Leur arrestation intervient dans le prolongement de la journée « ville morte » du 12 octobre, organisée pour dénoncer la dégradation du pouvoir d’achat et l’augmentation des prix des carburants. Le mouvement, qui avait reçu un écho variable selon les localités, visait à exprimer le mécontentement d’une partie de la population face aux difficultés économiques.
La défense dénonce des irrégularités dans les auditions
Au terme des interrogatoires, les avocats des cinq responsables ont contesté les conditions dans lesquelles une partie de la procédure s’est déroulée. Selon le collectif de défense, trois des personnes interpellées ont été auditionnées dès 9 heures, alors que leurs conseils avaient été convoqués pour 14 heures.
Les avocats affirment ainsi n’avoir pu assister qu’aux auditions des deux autres mis en cause. Cette situation soulève, selon eux, des interrogations sur le respect des droits de la défense et les garanties procédurales accordées aux personnes entendues.
Au cours des interrogatoires, les enquêteurs se seraient notamment intéressés aux éventuelles relations entre les responsables interpellés et les partis politiques de l’opposition, ainsi qu’à leur implication présumée dans les troubles à l’ordre public.
D’après leurs avocats, les cinq hommes ont rejeté les accusations portées contre eux. Ils contestent notamment avoir sollicité l’appui de formations politiques de l’opposition pour organiser leur mouvement et nient toute participation aux troubles qui leur sont reprochés.
Ces déclarations relèvent de la position de la défense, tandis que les suites judiciaires de l’affaire restent suspendues à la décision du parquet.
Une décision judiciaire attendue
À l’issue des auditions, les cinq responsables ont été maintenus dans les locaux de la SRI. Leur présentation devant le procureur de la République est annoncée pour ce mardi 20 octobre 2026. Le magistrat devra examiner leur situation et décider de la suite à donner à la procédure, notamment d’une éventuelle remise en liberté ou d’un placement en détention à la maison d’arrêt de Ngaragba.
Cette échéance est particulièrement attendue par leurs soutiens, qui réclament leur libération depuis plusieurs jours. Les appels en leur faveur se seraient également fait entendre au sein des Forces vives de la nation et jusque dans certains milieux proches du pouvoir.
Au-delà du sort des cinq personnes interpellées, cette affaire met en lumière les tensions entourant les formes de contestation sociale dans le pays, dans un contexte marqué par les préoccupations liées au coût de la vie.
La menace d’un nouveau mouvement de protestation
La situation pourrait connaître un nouveau tournant avec l’expiration, lundi à 15 h 30, de l’ultimatum lancé par le collectif de la société civile. Celui-ci avait conditionné l’absence de nouvelles actions à la libération des cinq responsables et brandi la menace d’une nouvelle journée « ville morte » en cas de maintien de leur arrestation.
Une réunion du collectif est annoncée ce mardi afin de déterminer la conduite à tenir. La décision devrait dépendre, en partie, de l’évolution de la situation judiciaire des personnes interpellées.
Le précédent mouvement du 12 octobre avait été lancé pour protester contre la cherté de la vie et la hausse des prix du carburant. Si la mobilisation n’a pas paralysé l’ensemble du territoire, elle a néanmoins traduit l’existence de préoccupations économiques auxquelles les autorités restent confrontées.
L’éventuelle reprise de la contestation dépendra désormais des décisions judiciaires et des choix du collectif. Entre revendications sociales, exigences de maintien de l’ordre et respect des droits de la défense, les prochains développements de cette affaire seront déterminants pour mesurer l’évolution du climat social et politique en République centrafricaine.