RCA-Affaire Bossembélé : Papy Bozizé mis en cause dans l’arrestation d’un inspecteur des douanes à Bouar

Un témoignage présenté le 19 octobre devant la Cour pénale spéciale (CPS) a fait émerger le nom de Papy Bozizé, fils de l’ancien président centrafricain François Bozizé, dans le dossier de l’affaire Bossembélé. Élie Hoppo Guerengbo, ancien inspecteur des douanes, affirme avoir été arrêté sur ordre de Papy Bozizé alors qu’il effectuait une mission de contrôle à Baoro. Des déclarations vivement contestées par la défense, qui estime qu’elles ne permettent pas d’établir la responsabilité de son client.

L’affaire Bossembélé continue de livrer de nouveaux éléments devant la Cour pénale spéciale (CPS), chargée de juger les crimes graves commis en République centrafricaine. Lors de l’audience du 19 octobre, les débats ont notamment porté sur l’arrestation et la détention d’un ancien inspecteur des douanes en poste à Bouar. À cette occasion, le nom de Papy Bozizé, fils de l’ancien chef de l’État François Bozizé, a été cité dans le récit des faits.

Appelé à la barre par le parquet, Élie Hoppo Guerengbo est revenu sur les circonstances de son arrestation, survenue alors qu’il procédait à une opération de contrôle de conteneurs transportant des bidons d’huile à Baoro. Selon son témoignage, l’intervention aurait été ordonnée par Papy Bozizé, qui aurait également indiqué que cette décision venait de son père, François Bozizé.

L’ancien inspecteur affirme que cette situation aurait placé ses supérieurs hiérarchiques dans une position délicate. D’après lui, ceux-ci auraient renoncé à intervenir en sa faveur, par crainte des conséquences d’une confrontation avec l’ancien président et ses fils.

Près de cinq mois de détention sans jugement

À la suite de son arrestation, Élie Hoppo Guerengbo dit avoir été transféré à la prison de Bossembélé, où il est resté détenu pendant près de cinq mois avant d’être libéré à la fin de l’année 2012, sans avoir été jugé.

Son témoignage a également mis en lumière les conditions difficiles de sa détention. Il affirme avoir été piqué par un scorpion et mordu par un serpent durant son incarcération. Il indique par ailleurs avoir passé plus de quatre mois sur une simple natte, dans un environnement qu’il décrit comme particulièrement éprouvant.

À son arrivée à la prison centrale de Bossembélé, il affirme n’avoir eu aucun contact avec les personnes détenues dans le cadre de l’affaire de l’incendie du supermarché Rayan. Il précise également que les prisonniers qu’il y avait rencontrés étaient, selon ses observations, des détenus de droit commun et non des prisonniers politiques.

Le caporal Nams également cité

Au cours de son audition, l’ancien inspecteur des douanes a aussi évoqué le comportement du caporal Nams, qu’il accuse d’avoir fait subir des mauvais traitements à des détenus. Selon son récit, ce militaire aurait agi de la sorte pour son propre plaisir et se serait prévalu de son lien direct avec le pouvoir présidentiel.

Le témoin rapporte notamment que le caporal Nams affirmait ne recevoir d’ordres que du président François Bozizé et ne rendre de comptes à personne d’autre. Ces accusations ont suscité une réaction de la défense de François Bozizé. Maître Claude Pessinam, intervenant pour le compte de l’avocate de l’ancien président, a contesté la portée des déclarations du témoin, estimant qu’aucun élément concret ne permettait d’établir que le caporal Nams recevait directement des instructions de François Bozizé pour maltraiter les détenus.

« Cela n’est pas fondé », a-t-il soutenu, remettant ainsi en question le lien que le témoignage cherchait à établir entre les faits rapportés et son client.

La défense distingue la responsabilité du père de celle du fils

Sur la question de l’arrestation d’Élie Hoppo Guerengbo, la défense a également fait valoir que, d’après les déclarations entendues à l’audience, l’initiative serait venue de Papy Bozizé et non directement de François Bozizé. Elle conteste ainsi toute tentative d’imputer automatiquement à l’ancien chef de l’État la responsabilité de cette arrestation.

De son côté, répondant aux questions de la partie civile, le témoin a décrit l’influence qu’aurait exercée Papy Bozizé à son arrivée à Bouar. Il affirme que ce dernier se serait progressivement immiscé dans le fonctionnement des différents services administratifs, allant jusqu’à donner des instructions aux agents.

Toujours selon le témoignage, Papy Bozizé aurait reproché aux douaniers de voler son père et leur aurait demandé de mettre fin à ces pratiques. Ces déclarations constituent toutefois des affirmations du témoin dont la portée doit être appréciée dans le cadre des débats judiciaires.

Un témoignage dont la portée reste contestée

Bien qu’il ait été cité par le parquet, Élie Hoppo Guerengbo n’a pas convaincu la défense de la pertinence de ses déclarations pour établir les accusations visant François Bozizé. Celle-ci estime que son audition n’a fourni aucun élément suffisamment probant contre son client et considère même que certains passages du témoignage pourraient plutôt jouer en faveur des quatre accusés.

L’audience met ainsi en évidence un point central du dossier : la distinction entre les faits personnellement rapportés par le témoin, les responsabilités qu’il attribue aux différents protagonistes et les éléments susceptibles d’être retenus par la juridiction.

Le nom de Papy Bozizé apparaît désormais dans les débats autour de l’arrestation de cet ancien agent des douanes. Reste à déterminer quelle portée la Cour pénale spéciale accordera à ces déclarations et dans quelle mesure elles pourront contribuer à établir les responsabilités individuelles dans l’affaire Bossembélé.

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