
La ville de Bangui a une nouvelle maire. À l’issue d’un scrutin particulièrement serré organisé le 17 juin, Prisca Roseline Mano a été élue à la tête de la municipalité avec une avance d’une seule voix sur sa concurrente Adrienne Portia Deya-Abazène. Cette élection, qui opposait pour la première fois deux femmes pour la magistrature municipale de la capitale centrafricaine, ouvre une nouvelle page de la gouvernance locale dans un contexte marqué par le retour des élections municipales après plusieurs décennies d’interruption.
Une victoire obtenue au terme d’un duel très disputé
Le suspense aura duré jusqu’au dépouillement final. Réunis pour élire le nouvel exécutif municipal de Bangui, les conseillers municipaux ont finalement porté leur choix sur Prisca Roseline Mano. La candidate s’est imposée avec 30 voix contre 29 pour son adversaire, Adrienne Portia Deya-Abazène.
Cette courte avance illustre l’intensité de la compétition et les équilibres politiques au sein du conseil municipal. Sur les conseillers appelés à voter, trois n’ont pas pris part au scrutin, dont deux suspendus à la suite de différends internes et un absent le jour de l’élection.
Le vote s’est déroulé dans un contexte particulier, la presse ayant été invitée à quitter la salle avant le début des opérations électorales et du dépouillement.
Une confrontation inédite entre deux figures féminines
L’élection restera également dans les annales pour une autre raison : les deux candidates étaient des femmes issues du même parti politique, le Mouvement Cœurs Unis (MCU), formation au pouvoir en République centrafricaine.
Cette configuration exceptionnelle a placé la représentation féminine au centre du débat municipal. Quelle que soit l’issue du scrutin, Bangui était assurée d’être dirigée par une femme, un symbole fort dans un paysage politique encore largement dominé par les hommes.
La victoire de Prisca Roseline Mano traduit ainsi une progression de la participation des femmes aux responsabilités publiques et renforce leur visibilité dans les sphères décisionnelles du pays.
Une défaite reconnue avec élégance
Quelques instants après la proclamation des résultats, Adrienne Portia Deya-Abazène a adopté une posture empreinte de fair-play. Saluant le choix des conseillers municipaux, elle a reconnu sa défaite et adressé ses félicitations à la nouvelle maire.
Dans une déclaration marquée par l’esprit républicain, elle a insisté sur les valeurs communes qui unissent les deux candidates, notamment leur attachement à Bangui et leur volonté de servir les habitants de la capitale. Un geste qui a contribué à apaiser les tensions nées de cette compétition particulièrement serrée.
La fin d’une longue parenthèse institutionnelle
Cette élection revêt une portée historique pour la République centrafricaine. Elle intervient après plusieurs décennies durant lesquelles les maires étaient essentiellement désignés par nomination.
Les dernières élections municipales remontaient à 1988, faisant de ce scrutin un moment important dans le processus de revitalisation de la démocratie locale. Le retour à l’élection des responsables municipaux est perçu par de nombreux observateurs comme une étape significative vers un renforcement de la gouvernance de proximité et de la participation citoyenne.
De l’entrepreneuriat à la gestion de la capitale
Avant son accession à la mairie, Prisca Roseline Mano s’était illustrée dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Son parcours dans l’entrepreneuriat lui a permis d’acquérir une expérience de gestion qui pourrait s’avérer précieuse dans l’administration d’une capitale confrontée à de multiples défis.
Elle succède à Léontine Weye Bonabona, qui assurait l’intérim à la tête de la municipalité après le départ d’Émile Gros-Raymond Nakombo.
De nombreux chantiers attendent la nouvelle maire
À peine élue, Prisca Roseline Mano hérite d’une ville confrontée à des problématiques majeures. L’assainissement urbain figure parmi les préoccupations les plus urgentes, tout comme l’amélioration de la voirie, souvent dégradée dans plusieurs quartiers.
La question du transport urbain, l’organisation des espaces marchands, la gestion des marchés publics ainsi que le développement d’infrastructures de loisirs pour les jeunes et les familles constituent également des priorités pour la nouvelle équipe municipale.
Face à ces défis, les attentes des habitants sont importantes. Beaucoup espèrent que cette nouvelle gouvernance municipale permettra d’améliorer durablement le cadre de vie dans une capitale en pleine croissance.
Un mandat placé sous le signe du renouveau
L’élection de Prisca Roseline Mano symbolise à la fois le retour du choix démocratique à l’échelle municipale et la montée en puissance des femmes dans les responsabilités publiques en République centrafricaine.
Son mandat s’ouvre dans un contexte d’espoir mais aussi d’exigence. Entre modernisation des infrastructures, amélioration des services urbains et renforcement de la cohésion sociale, la nouvelle maire devra rapidement transformer les attentes des Banguissois en actions concrètes pour donner un nouvel élan à la capitale.