
Les finances publiques centrafricaines abordent le second semestre 2026 sous tension. À fin juin, l’État avait déjà consacré 68,41 milliards de FCFA au paiement des rémunérations, soit près de 60 % de l’enveloppe annuelle prévue pour les salaires. Plus préoccupant encore, ces dépenses représentaient environ 81 % des recettes fiscales et douanières mobilisées sur la période. Le gouvernement doit désormais contenir la progression de la masse salariale pour éviter que le budget prévu pour l’ensemble de l’exercice ne soit dépassé avant décembre.
Près de 60 % de l’enveloppe salariale déjà consommée
Le dernier rapport d’exécution budgétaire du ministère des Finances et du Budget met en évidence la pression croissante exercée par les dépenses de personnel. Entre janvier et juin 2026, 68,41 milliards de FCFA ont été consacrés aux rémunérations des agents publics, sur une dotation annuelle fixée à 114,15 milliards de FCFA. Le taux d’exécution atteint ainsi 59,93 %, alors que la moitié de l’année seulement était écoulée.
Le dépassement du rythme théorique de 50 % constitue un premier signal d’alerte. Si les dépenses se poursuivaient au même rythme au second semestre, la pression sur l’enveloppe annuelle pourrait devenir particulièrement forte.
Cette évolution intervient alors que l’administration publique continue de s’étoffer. Le ministère de la Fonction publique recensait 28 038 fonctionnaires et agents de l’État payés en juin, contre 27 609 en janvier. La masse salariale brute mensuelle est parallèlement passée de 5,72 milliards à 5,89 milliards de FCFA sur la même période.
Les recrutements pèsent sur la facture
La progression de la masse salariale n’est pas seulement liée à l’évolution mécanique des rémunérations. Le ministère des Finances explique notamment la hausse enregistrée au premier semestre par la prise en charge de nouveaux agents intégrés dans la fonction publique.
Cette dynamique crée un effet durable sur les finances publiques. Une nouvelle intégration ne constitue pas une dépense ponctuelle : elle entraîne des engagements budgétaires récurrents, année après année, à travers les salaires et les charges associées.
Le problème devient donc celui de la soutenabilité. À mesure que les effectifs progressent, l’État doit disposer de recettes suffisamment dynamiques pour absorber cette charge sans réduire excessivement les ressources consacrées aux autres politiques publiques.
C’est toutefois le rapport entre les salaires et les recettes intérieures qui donne toute sa dimension au problème. À fin juin, les rémunérations avaient représenté environ 81 % des recettes fiscales et douanières collectées. Autrement dit, sur 100 FCFA mobilisés à travers les impôts et les droits de douane, environ 81 FCFA étaient déjà absorbés par les dépenses de personnel.
Cette comparaison ne signifie pas que les recettes fiscales et douanières constituent l’unique source de financement des salaires. Elle permet surtout de mesurer le poids considérable de la masse salariale par rapport aux ressources fiscales directement mobilisées par l’État.
Elle laisse également une marge relativement réduite pour financer d’autres priorités avec ces recettes : entretien des infrastructures, fonctionnement des services publics, investissements nationaux ou encore dépenses sociales.
Les investissements avancent à un rythme plus lent
Le contraste apparaît clairement dans l’exécution des différentes catégories de dépenses. À la fin du premier semestre, les dépenses de biens et services affichaient un taux d’exécution de 35,94 %, tandis que les investissements financés sur ressources propres n’atteignaient que 33,07 %. Les dépenses sociales se situaient pour leur part à 33,08 %.
Le risque est donc celui d’un budget progressivement dominé par les dépenses incompressibles, au détriment des dépenses susceptibles de renforcer les capacités productives du pays. Or, pour une économie comme celle de la Centrafrique, l’investissement public joue un rôle essentiel dans les infrastructures, l’accès aux services de base et l’amélioration des conditions nécessaires à l’activité privée. La question n’est donc pas uniquement celle du montant consacré aux fonctionnaires. Elle est aussi celle de l’équilibre entre dépenses de fonctionnement et dépenses de transformation.
Le tableau budgétaire n’est cependant pas entièrement négatif. Les ressources mobilisées au premier semestre 2026 ont atteint 166,08 milliards de FCFA, soit une progression de près de 29 % par rapport à la même période de 2025. Les ressources propres se sont établies à 109,80 milliards de FCFA, en hausse de 17,67 %.
Les performances des administrations fiscales ont notamment contribué à cette évolution. Les impôts ont généré 43,61 milliards de FCFA, correspondant à 55,20 % de l’objectif annuel, tandis que les recettes douanières se sont élevées à 35,11 milliards de FCFA. Le Trésor a, de son côté, mobilisé 31,08 milliards de FCFA, soit près de 60 % de son objectif annuel.
Ces résultats montrent que la Centrafrique améliore sa mobilisation des ressources intérieures. Mais cette progression reste insuffisante pour effacer la pression créée par l’augmentation des dépenses de personnel.
Le financement extérieur reste un point faible
Autre sujet de préoccupation : la mobilisation des ressources extérieures. À fin juin, celles-ci s’élevaient à 56,28 milliards de FCFA, soit seulement 34,82 % des prévisions annuelles de 161,63 milliards. Les appuis budgétaires représentaient 6,37 milliards de FCFA et les financements destinés aux projets 49,91 milliards.
Cette situation complique davantage la gestion budgétaire. Lorsque les financements extérieurs arrivent plus lentement que prévu, l’État dispose de moins de marges pour soutenir ses investissements et ses programmes de développement.
Dans ce contexte, la progression des recettes domestiques devient d’autant plus stratégique.
Un déficit budgétaire apparaît au premier semestre
L’exécution des six premiers mois fait également apparaître un déséquilibre entre les ressources et les charges.
Les dépenses budgétaires ordonnancées ont atteint 179,47 milliards de FCFA, contre 166,08 milliards de ressources mobilisées, faisant ressortir un déficit budgétaire global de 13,39 milliards de FCFA. Le déficit primaire s’est établi à 8,88 milliards.
La situation de trésorerie est toutefois demeurée excédentaire, à hauteur de 8,37 milliards de FCFA, grâce notamment aux ressources de trésorerie mobilisées au cours de la période.
Ces chiffres montrent une situation budgétaire encore maîtrisable, mais qui laisse peu de place à une accélération incontrôlée des dépenses de fonctionnement au cours des prochains mois.
Le second semestre sera décisif
Le principal défi pour le ministère des Finances sera désormais de maintenir la masse salariale dans les limites fixées par la loi de finances tout en assurant le paiement régulier des agents publics.
La question est d’autant plus sensible que la progression des effectifs se poursuit. En juillet, le ministère de la Fonction publique recensait 28 553 agents publics payés, pour une masse salariale brute mensuelle de 5,96 milliards de FCFA.
Si cette tendance devait se prolonger, la facture annuelle pourrait continuer à se rapprocher rapidement de la dotation budgétaire initiale.
Pour le gouvernement, l’équation consiste donc à trouver un équilibre entre la nécessité de renforcer les administrations publiques et l’obligation de préserver les marges financières nécessaires aux investissements et aux services essentiels.
Le défi de la soutenabilité budgétaire
La situation centrafricaine illustre une problématique classique des finances publiques : plus les dépenses salariales progressent rapidement que les recettes, plus l’État réduit sa capacité à financer le développement.
Une masse salariale importante n’est pas nécessairement problématique si elle correspond à une administration efficace et si les recettes publiques permettent de la financer durablement. Le risque apparaît lorsque les rémunérations absorbent une part croissante des ressources disponibles et contraignent les autres catégories de dépenses.
Le défi sera donc moins de réduire mécaniquement la rémunération des agents que de maîtriser la dynamique des effectifs, d’améliorer le rendement fiscal et de renforcer l’efficacité de la dépense publique.