RCA : reconduit au perchoir, Simplice Mathieu Sarandji expose les fractures de la majorité présidentielle

Réélu à la tête de l’Assemblée nationale centrafricaine pour un nouveau mandat de sept ans, Simplice Mathieu Sarandji a transformé son discours d’investiture en tribune politique. Entre accusations voilées, dénonciation de complots internes et allusions à des pratiques mystiques, le président réélu du Parlement a mis en lumière les profondes rivalités qui traversent la majorité présidentielle dominée par le Mouvement Cœurs Unis (MCU).

Une réélection sans suspense au perchoir

La reconduction de Simplice Mathieu Sarandji à la présidence de l’Assemblée nationale ne faisait guère de doute. Comme lors des élections législatives dans sa circonscription de Baoro, où il s’était présenté sans adversaire, le premier secrétaire exécutif du MCU a été seul en lice pour le perchoir de l’institution parlementaire.

Avant même le vote, l’issue semblait acquise à la suite d’une réunion de la majorité parlementaire convoquée par le président de la République. Selon plusieurs sources politiques, des consignes de vote claires auraient été données aux députés alliés afin d’assurer une reconduction sans difficulté de l’ancien Premier ministre.

Le scrutin du 7 mai s’est ainsi soldé par une réélection par acclamation de celui que ses partisans surnomment « SMS », confirmant son emprise sur l’appareil parlementaire dans un contexte de domination politique du MCU.

Un discours offensif contre ses adversaires internes

Mais derrière cette victoire sans contestation apparente, le climat politique reste marqué par de fortes tensions au sein même de la majorité présidentielle.

Dans son discours d’investiture, Simplice Mathieu Sarandji a surpris par le ton particulièrement virulent employé contre certains adversaires qu’il n’a pas nommément cités. Le président réélu de l’Assemblée nationale a évoqué des manœuvres occultes, des tentatives de déstabilisation et même des pratiques mystiques visant à lui nuire politiquement.

À travers des déclarations mêlant politique, religion et croyances traditionnelles, il a dénoncé ce qu’il considère comme une campagne orchestrée contre sa personne depuis plusieurs années. Il a notamment affirmé être la cible de jalousies, de rivalités et de pratiques de maraboutage au sein de son propre environnement politique.

Ces propos, inhabituels dans un discours institutionnel, traduisent l’intensité des luttes d’influence qui agitent actuellement la mouvance présidentielle centrafricaine.

Le MCU traversé par des rivalités de pouvoir

Les déclarations de Simplice Mathieu Sarandji révèlent les tensions grandissantes au sein du Mouvement Cœurs Unis, le parti présidentiel créé autour du chef de l’État Faustin-Archange Touadéra.

Malgré une majorité confortable au Parlement, le MCU semble confronté à des rivalités internes liées au partage du pouvoir et au contrôle des principales institutions. Plusieurs observateurs évoquent depuis des mois des affrontements de leadership entre différentes figures influentes de la majorité.

En adoptant une posture de victime d’un complot interne, le président de l’Assemblée nationale semble également chercher à consolider son autorité politique et à mobiliser ses soutiens face à ses détracteurs.

Ses allusions répétées à la sorcellerie et au fétichisme illustrent aussi le poids que continuent d’occuper les croyances traditionnelles dans certains discours politiques en Centrafrique, y compris au sommet de l’État.

Une Assemblée nationale largement dominée par le camp présidentiel

La nouvelle législature s’annonce largement favorable au pouvoir en place. Sur les 90 députés déjà installés, 61 appartiennent au MCU, offrant au camp présidentiel une majorité solide au sein de l’hémicycle.

Et cette domination pourrait encore se renforcer avec les résultats attendus des élections législatives partielles et du second tour, destinés à pourvoir les 54 sièges restants.

Dans ce contexte, la reconduction de Simplice Mathieu Sarandji confirme non seulement la mainmise du MCU sur l’Assemblée nationale, mais également la volonté du pouvoir de maintenir un contrôle étroit sur les institutions politiques du pays.

Toutefois, derrière cette apparente stabilité, les tensions internes au sein de la majorité pourraient continuer à fragiliser l’équilibre politique de cette huitième législature.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *