
La deuxième édition des Bangui Financial Days (BFD) a franchi une nouvelle étape en mettant l’accent sur la transformation des réflexions en actions concrètes. Réunis à Bangui dans le cadre des 5ᵉ Journées du Banquier de la CEMAC, responsables publics, banquiers, investisseurs et entrepreneurs ont débattu des moyens de mieux orienter les ressources financières vers les entreprises, en particulier les TPME. Au-delà du financement de l’économie centrafricaine, les échanges portent sur la construction d’un système financier sous-régional plus inclusif, plus innovant et davantage au service de l’économie réelle.
À Bangui, les acteurs du secteur financier de la CEMAC veulent désormais accélérer le passage aux résultats. La deuxième journée des Bangui Financial Days, placée sous la présidence du Premier ministre centrafricain Félix Moloua, a donné une place centrale aux mécanismes permettant de transformer les recommandations issues des échanges en solutions concrètes pour les entreprises.
Pour les autorités centrafricaines, l’organisation de ce rendez-vous constitue également une reconnaissance du rôle que peut jouer le pays dans les débats économiques et financiers de la sous-région. L’enjeu est notamment de mobiliser davantage de capitaux en faveur des entreprises locales afin de soutenir l’activité, l’investissement et le relèvement économique.
Cette orientation rejoint l’un des principaux défis auxquels sont confrontées les économies de la CEMAC : disposer d’un système financier suffisamment solide pour accompagner la croissance, tout en garantissant un accès plus large aux financements.
Quand la liquidité ne finance pas suffisamment l’économie
Le paradoxe relevé au cours des échanges est connu : les établissements financiers disposent de ressources, mais une partie de cette liquidité ne se transforme pas suffisamment en crédits destinés aux entreprises productives.
Les petites et moyennes entreprises se retrouvent particulièrement exposées à cette difficulté. Elles constituent une part importante du tissu économique, mais rencontrent souvent des obstacles pour accéder au crédit bancaire classique : garanties insuffisantes, coût du financement, manque de visibilité financière ou encore difficultés à présenter des projets répondant aux critères des établissements prêteurs.
Les BFD cherchent donc à déplacer le débat. Il ne s’agit plus seulement de constater l’existence de ressources financières, mais de trouver les mécanismes permettant de les orienter vers les secteurs créateurs de valeur.
Cette réflexion ouvre la voie à une diversification des instruments de financement : crédit bancaire, financement de marché, capital-investissement ou encore dispositifs spécifiquement adaptés aux petites entreprises. L’objectif est de construire une offre correspondant davantage aux réalités des entrepreneurs de la sous-région.
Les TPME au centre de la stratégie
Le financement des très petites, petites et moyennes entreprises apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers du développement économique discuté à Bangui. Pour les acteurs présents, améliorer l’accès au financement des TPME ne consiste pas uniquement à augmenter les volumes de crédits. Il faut également mieux accompagner les entreprises dans leur structuration, renforcer leur capacité à présenter des projets bancables et développer des instruments permettant de réduire les risques pour les financeurs.
Cette approche pourrait contribuer à créer un cercle plus vertueux : davantage de financements pour les entreprises, plus d’investissements, une augmentation de la production et, à terme, davantage d’emplois et de revenus.
Le rôle des institutions financières devient dès lors déterminant dans la capacité de la CEMAC à faire émerger un secteur privé plus dynamique et moins dépendant des financements publics.
Banques et télécoms appelés à accélérer l’inclusion financière
Autre axe majeur des discussions : le rapprochement entre les banques et les opérateurs de télécommunications. Dans des économies où l’accès aux agences bancaires reste parfois limité, le téléphone mobile constitue un outil particulièrement puissant pour élargir l’accès aux services financiers. Paiements, transferts, épargne ou accès à certains produits financiers peuvent progressivement être proposés à des populations jusque-là éloignées du système bancaire traditionnel.
L’enjeu, pour les participants aux BFD, est donc de dépasser la simple innovation technologique pour faire du numérique un véritable instrument de transformation du système financier.
Pour un commerçant, un agriculteur ou un petit entrepreneur, la possibilité d’effectuer des opérations financières depuis un téléphone peut réduire les coûts, faciliter les transactions et améliorer la traçabilité des activités. À l’échelle de la CEMAC, la digitalisation pourrait ainsi devenir l’un des moyens d’accélérer l’inclusion financière.
Un espace pour les affaires et les partenariats
Les Bangui Financial Days ne se sont pas limités aux conférences et aux panels. Les espaces d’exposition et les rencontres B2B ont permis aux participants de prolonger les discussions autour de projets et d’opportunités d’affaires.
L’application Smart BFD a également été mise à contribution pour faciliter l’organisation des rendez-vous entre participants. Cette dimension pratique traduit la volonté de faire de l’événement davantage qu’un forum de discussion : un espace où les idées peuvent déboucher sur des contacts, des partenariats et potentiellement des opérations financières.
La présence de banquiers, d’investisseurs, d’entrepreneurs et de responsables institutionnels offre ainsi un cadre pour rapprocher l’offre de capitaux et les besoins de financement.
La Déclaration de Bangui comme prochaine étape
La proclamation annoncée de la Déclaration de Bangui sur la transformation du secteur financier de la CEMAC doit donner une dimension supplémentaire aux travaux engagés.
Ce document est appelé à servir de référence pour les prochaines années et à traduire les principales orientations discutées durant les rencontres. Sa portée dépendra toutefois de sa capacité à déboucher sur des mesures concrètes et coordonnées entre les différents acteurs de la sous-région.
Le véritable défi sera donc celui de la mise en œuvre. Transformer la liquidité disponible en investissements productifs, améliorer l’accès des PME aux financements, accélérer la digitalisation et développer de nouveaux instruments financiers nécessitent des réformes, des engagements et surtout un suivi dans le temps.
Vers un financement davantage tourné vers l’économie réelle
À travers les Bangui Financial Days, la CEMAC cherche finalement à répondre à une question essentielle : comment faire en sorte que le système financier accompagne plus efficacement les activités qui créent de la richesse et des emplois ?
La réponse passe par une meilleure mobilisation des ressources existantes, mais aussi par une transformation des pratiques. Les banques devront davantage financer les entreprises, les investisseurs devront disposer de projets structurés et les innovations numériques devront permettre d’élargir l’accès aux services financiers.
À Bangui, le message qui se dégage est donc celui d’un changement d’approche : ne plus considérer la finance comme une fin en soi, mais comme un outil au service de la transformation économique de la CEMAC. La réussite de cette ambition se mesurera désormais à la capacité des engagements pris à produire des financements, des investissements, des entreprises plus solides et, surtout, des emplois dans les économies de la sous-région.