
À la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a relancé la revendication d’une présence permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité. Il appelle à une réforme d’une architecture multilatérale qu’il juge désormais en décalage avec les réalités géopolitiques et démographiques du monde actuel.
Le débat sur la réforme du Conseil de sécurité s’est une nouvelle fois invité à la tribune de l’ONU. Prenant la parole devant la 81e session de l’Assemblée générale, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a défendu une transformation de la composition de cet organe chargé au premier chef du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Le Conseil compte actuellement 15 membres, dont cinq permanents et dix membres élus pour des mandats de deux ans.
Pour le chef de l’État centrafricain, le système actuel ne correspond plus aux rapports de force du XXIe siècle. Il estime notamment que l’absence de représentation permanente du continent africain constitue une anomalie au regard du poids démographique du continent et de la place qu’occupent les crises africaines dans les travaux du Conseil de sécurité.
« On ne peut pas prétendre représenter le monde de 2026 avec les équilibres de 1945 », a lancé Faustin-Archange Touadéra, reprenant ainsi l’argument central porté depuis plusieurs années par les États africains : l’architecture institutionnelle héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale ne reflète plus suffisamment les réalités internationales contemporaines.
« Une exigence de justice et d’efficacité »
Dans son intervention, le président centrafricain a particulièrement insisté sur la nécessité d’accorder à l’Afrique au moins un siège permanent au sein du Conseil de sécurité. Pour lui, cette réforme ne devrait pas être perçue comme une concession accordée au continent, mais comme une évolution nécessaire du système multilatéral. « Notre revendication est une exigence de justice et d’efficacité et non une faveur », a-t-il déclaré.
Au-delà de la question de la représentation, cette demande renvoie également à l’implication croissante du Conseil de sécurité dans la gestion de crises qui touchent directement le continent. Conflits, opérations de maintien de la paix, transitions politiques et questions sécuritaires africaines occupent régulièrement une place importante dans l’agenda de l’organe onusien.
La position défendue par Bangui s’inscrit ainsi dans le débat plus large sur la modernisation de l’Organisation des Nations Unies. L’Assemblée générale, qui réunit les 193 États membres avec un vote pour chacun, constitue l’espace central de ces discussions sur l’évolution de l’Organisation.
Des opérations de paix mieux adaptées
Faustin-Archange Touadéra a également élargi son propos aux mécanismes de maintien de la paix. Il a plaidé pour des opérations disposant de mandats réalistes, correspondant davantage aux réalités des terrains sur lesquels elles sont déployées, mais aussi pour des financements plus prévisibles.
Cette question est particulièrement sensible pour les pays confrontés à des crises prolongées, pour lesquels la stabilité dépend aussi de la capacité de la communauté internationale à maintenir dans la durée les dispositifs de prévention et de règlement des conflits.
Le président centrafricain a par ailleurs appelé à revoir l’architecture financière internationale afin qu’elle réponde davantage aux contraintes auxquelles sont confrontés les pays en développement et les États fragiles. Son intervention a ainsi relié les enjeux de sécurité à ceux du financement du développement, estimant que la stabilité internationale ne peut être durable sans une meilleure prise en compte des difficultés économiques des pays les plus vulnérables.
À New York, le plaidoyer de Touadéra dépasse donc la seule question de la présence africaine au Conseil de sécurité. Il porte plus largement sur la place du continent dans les mécanismes de décision internationaux et sur la nécessité, selon Bangui, d’adapter le multilatéralisme aux réalités du monde contemporain.