
Confronté à des échéances de remboursement concentrées sur la fin de l’année et à une demande encore incertaine des investisseurs, le Trésor public centrafricain tente une nouvelle opération de rachat de titres sur le marché de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Prévue le 19 octobre 2026, cette initiative porte sur 7,5 milliards de FCFA, soit près de 12,9 millions de dollars. Elle s’inscrit dans une stratégie de réaménagement de la dette, alors que les besoins de financement de l’État demeurent importants.
Une nouvelle tentative pour desserrer l’étau des échéances
Le gouvernement centrafricain remet à l’épreuve l’appétit des investisseurs du marché régional des titres publics. À travers une opération annoncée le 13 octobre 2026 par le ministère des Finances et du Budget, le Trésor entend racheter, le 19 octobre, des titres représentant une valeur totale de 7,5 milliards de FCFA. L’objectif est de réduire les remboursements attendus en novembre et en décembre, afin de limiter la pression sur les finances publiques au cours des dernières semaines de l’exercice budgétaire.
L’offre concerne deux catégories de titres. La première porte sur 2,5 milliards de FCFA d’obligations du Trésor assimilables (OTA), assorties d’un taux d’intérêt de 6,5 % et dont le remboursement est prévu le 29 novembre 2026. La seconde vise 5 milliards de FCFA de bons du Trésor assimilables (BTA), arrivant à échéance le 9 décembre prochain.
En intervenant sur ces deux lignes, Bangui cherche à réorganiser son calendrier de remboursement plutôt qu’à simplement mobiliser de nouvelles ressources. Le rachat doit permettre de réduire les sorties de trésorerie à court terme, sous réserve de la participation effective des détenteurs de titres et des modalités de financement de l’opération.
Le précédent de septembre souligne les difficultés de l’exercice
Cette nouvelle initiative intervient dans un contexte où la première tentative de rachat n’avait pas atteint ses objectifs. Le 14 septembre 2026, le Trésor centrafricain avait proposé de reprendre pour 10 milliards de FCFA de titres publics. À l’arrivée, les investisseurs n’avaient apporté que 2,48 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 24,8 %.
Les résultats avaient toutefois révélé des différences importantes selon les lignes concernées. Sur une première ligne pour laquelle le Trésor espérait racheter 8,8 milliards de FCFA, les offres retenues n’avaient atteint que 1,3 milliard. À l’inverse, la seconde ligne avait enregistré un résultat nettement plus proche de l’objectif, avec 1,18 milliard de FCFA rachetés sur les 1,2 milliard recherchés.
Cette participation limitée met en évidence un enjeu central pour la nouvelle opération : convaincre les porteurs de titres de céder leurs créances dans les conditions proposées. Le résultat dépendra notamment de leur intérêt à récupérer leurs fonds avant l’échéance initiale et des possibilités de réinvestissement qui leur seront offertes.
Vingt milliards de FCFA recherchés en parallèle
Au-delà du rachat, le Trésor prévoit également de mobiliser 20 milliards de FCFA sur le marché régional. Cette levée doit s’appuyer sur trois lignes obligataires existantes, avec des échéances reportées à 2028 et 2029.
Le programme comprend 15 milliards de FCFA sur une OTA rémunérée à 6,75 % et remboursable en mai 2028. Il prévoit également 3 milliards de FCFA sur une ligne arrivant à échéance en janvier 2029, ainsi que 2 milliards de FCFA sur une autre ligne exigible en juillet 2029. Ces deux dernières obligations affichent un taux d’intérêt de 6,5 %.
L’articulation entre le rachat des titres arrivant prochainement à échéance et la mobilisation de ressources à plus long terme constitue le cœur de la stratégie de reprofilage. Le principe consiste à déplacer une partie de la contrainte financière vers des échéances plus éloignées, afin de préserver les liquidités disponibles à court terme.
La démarche n’est pas nouvelle pour la Centrafrique. En septembre 2024, le pays avait déjà recouru à un mécanisme similaire, avec un taux de souscription d’environ 80 % pour un objectif de 25 milliards de FCFA. Ce précédent montre que ce type d’opération peut susciter l’intérêt du marché, sans toutefois garantir le même niveau de participation dans les conditions actuelles.
Un marché régional qui ne répond pas encore pleinement aux attentes
Les résultats enregistrés en septembre illustrent les difficultés de financement auxquelles le pays reste confronté. Au cours de cette période, la Centrafrique n’avait mobilisé que 12,71 milliards de FCFA sur les 27,5 milliards recherchés, soit un taux de réalisation de 46,2 %. L’écart entre les ressources attendues et les montants obtenus souligne la nécessité pour le Trésor de sécuriser ses financements avant la clôture de l’exercice.
Dans ce contexte, le succès de la nouvelle opération ne dépendra pas uniquement du volume des titres rachetés. Il faudra également apprécier la capacité du pays à attirer suffisamment de souscriptions sur les nouvelles lignes obligataires. Le rachat et les émissions complémentaires répondent en effet à deux impératifs liés : réduire la pression immédiate des remboursements et trouver des ressources pour couvrir les besoins de financement de l’État.
Le reprofilage peut ainsi offrir une marge de manœuvre temporaire, mais il ne supprime pas les engagements financiers. Il modifie leur calendrier et peut, selon les conditions de refinancement, déplacer une partie de la pression vers les exercices suivants.
Un encours de dette en forte progression
La situation est d’autant plus sensible que l’endettement de la Centrafrique sur le marché régional s’est sensiblement accru. Selon les données attribuées à la BEAC, l’encours des titres publics centrafricains s’élevait à 462,34 milliards de FCFA à fin juillet 2026, soit environ 790,4 millions de dollars. Ce montant représente une progression proche de 39 % sur un an.
La répartition de ces créances constitue un autre élément à surveiller. Les investisseurs camerounais détiendraient 316,5 milliards de FCFA de titres centrafricains, correspondant à environ 68,5 % de l’encours considéré. Cette concentration signifie qu’une part importante du financement de Bangui sur le marché régional repose sur les porteurs camerounais. Une modification de leur stratégie d’investissement ou de leur appétit pour le risque souverain pourrait donc peser sur les conditions de financement du pays.
À cette dette de marché s’ajoute la question des arriérés. Ceux-ci étaient estimés à 173 milliards de FCFA à fin juin 2026, selon les chiffres communiqués dans les éléments disponibles. Rapporté à une dette publique totale de 1 136,53 milliards de FCFA, ce montant représente environ 15,2 %. L’accumulation de ces impayés accentue les contraintes de trésorerie et réduit les marges de manœuvre dont dispose l’État pour honorer ses obligations.
Le test des investisseurs
L’opération du 19 octobre constitue ainsi un nouvel indicateur de la confiance accordée aux titres publics centrafricains. Une participation limitée confirmerait la difficulté du Trésor à atteindre ses objectifs de rachat et pourrait l’obliger à envisager d’autres solutions pour faire face aux échéances de fin d’année. À l’inverse, une forte mobilisation des porteurs de titres faciliterait la mise en œuvre du reprofilage et donnerait davantage de visibilité à la gestion de la trésorerie.
Pour autant, un résultat favorable ne suffirait pas, à lui seul, à résoudre les déséquilibres financiers du pays. La soutenabilité de la dette dépendra aussi de la capacité de Bangui à maîtriser ses besoins de financement, à limiter l’accumulation des arriérés et à honorer les engagements reportés sur les années suivantes.
Au-delà du résultat de cette opération, l’enjeu est donc de déterminer si le marché régional continuera à accompagner la Centrafrique dans ses besoins de financement, et à quelles conditions. Le niveau de participation des investisseurs apportera un premier élément de réponse, sans préjuger de la capacité du pays à stabiliser durablement sa situation financière.