À l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a rencontré les professionnels des médias publics et privés lors d’un déjeuner d’échanges à Bangui. Entre préoccupations liées à la liberté de la presse, crise de confiance dans le paysage médiatique et polémiques politiques autour de l’opposant Anicet-Georges Dologuélé, cette rencontre a permis d’aborder plusieurs sujets sensibles qui alimentent l’actualité nationale.
Le dialogue entre le pouvoir centrafricain et les acteurs des médias était au cœur des échanges organisés vendredi à Bangui à l’initiative du président Faustin-Archange Touadéra. Cette rencontre, organisée dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée chaque 3 mai, a réuni des journalistes issus aussi bien des médias publics que privés autour d’un déjeuner de presse marqué par des discussions franches sur la situation sociopolitique du pays.
Plusieurs préoccupations touchant au fonctionnement du secteur médiatique en Centrafrique ont été soulevées au cours des échanges. Mais c’est surtout le dossier concernant l’opposant Anicet-Georges Dologuélé qui a dominé les débats.
Le président de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) accuse les autorités de faire obstacle à ses droits civiques en refusant de lui délivrer un passeport ordinaire et en contestant sa nationalité centrafricaine. Une situation que l’ancien Premier ministre considère comme une forme de pression politique à son encontre. Pourtant, selon des décisions antérieures du Conseil constitutionnel, il n’aurait jamais perdu sa nationalité.
Face aux interrogations des journalistes sur cette affaire, le chef de l’État a rejeté toute idée d’acharnement politique. Faustin-Archange Touadéra a soutenu que la procédure de réintégration dans la nationalité centrafricaine devait simplement suivre les dispositions prévues par la loi. Une interprétation que conteste fermement le camp de l’opposition, qui estime qu’aucune demande de réintégration ne devrait être exigée.
Cette controverse intervient dans un contexte politique encore marqué par l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement. Plus de quatre mois après la proclamation définitive des résultats de l’élection présidentielle, l’exécutif n’a toujours pas dévoilé la composition de la nouvelle équipe gouvernementale. Une situation qui suscite impatience et interrogations au sein de l’opinion publique.
Le président centrafricain a expliqué ce retard par la nécessité d’attendre la finalisation du processus législatif, notamment les résultats du second tour des élections législatives et des scrutins partiels organisés dans plusieurs circonscriptions du pays. Selon lui, la future configuration de l’Assemblée nationale jouera un rôle important dans les équilibres politiques à venir.
Au-delà des questions strictement politiques, les représentants des médias ont également attiré l’attention du chef de l’État sur les difficultés structurelles auxquelles la presse centrafricaine reste confrontée.
Le président de l’Union des journalistes centrafricains (UJCA), Michael Mounzatela, a dénoncé les actes d’intimidation, les menaces et les violences dont seraient victimes certains professionnels des médias dans l’exercice de leur métier. Il a également plaidé pour la création d’une Maison de la presse destinée à offrir un cadre de travail, de formation et d’échanges aux journalistes du pays.
Autre sujet de préoccupation évoqué lors des discussions : la montée des « communicants » et activistes numériques accusés de diffuser de fausses informations, des contenus manipulés et des discours de haine susceptibles d’alimenter les tensions sociales et politiques.
En réaction, Faustin-Archange Touadéra a appelé les médias à jouer pleinement leur rôle dans la consolidation de la paix et de la cohésion nationale. Il a insisté sur l’importance du professionnalisme, de la responsabilité éditoriale et du respect de l’éthique journalistique dans un contexte national encore fragile.
Cette rencontre entre le chef de l’État et les acteurs des médias intervient à un moment où la Centrafrique cherche à renforcer ses institutions démocratiques tout en faisant face à des tensions politiques persistantes et à de nombreux défis en matière de gouvernance et de liberté d’expression.